samedi 30 novembre 2019

Paysage du jour 88




Les yeux se posent sur ce qui a tendance
à basculer ne pas
reparaître mais se passent bien
de tout en effet il y a toujours
quelque chose qui nage
de chaque côté de la digue
la rue part entre les façades
ainsi c'est un peu comme aller loin

Des adolescents marchent pressés
et nonchalants comme les mats
du tramway le ciel entre
dedans ressort il n'y a pas de temps
à perdre en quelle plage
se termine la ville où est
ce qui n'a pas de nom les hors-cadre


Luc Tuymans, "Cargo"

lundi 21 octobre 2019

Paysage du jour 87




De Dublin partis
dans ce bus à deux étages.
On devait être plus
mais je nous revois trois

dont un homme, son nez en sang,
ivre mort et assis
au premier rang là-haut,
heureux du paysage

à ce qu’il semblait ;
en tous cas à l’heure
de descendre sur la jetée
du port, de l’autre côté

du pays il savait
ou aller, en avait l’air,
mais nous, non, les deux autres
passagers, les étrangers, les seuls.



L'Homme d'Aran, film de Robert Flaherty

jeudi 10 octobre 2019

Paysage du jour 86 (Ixelles)



à Wilhelmine B.




Sorti du cinéma
longer les briques rouges
la maison des fous

tourner dans des rues
où le silence le ciel
et leurs haleines
se mangent sans

faim les pas
claquent une voiture
dans un coin se gare

on voit du parc les portes
le cimetière la place ronde

il y a dit-on juste
en face un bar
sa lumière tiède
ses mains penchées





mardi 8 octobre 2019

Paysage du jour 85



« Hantée par l’avenir,
ville d’arbres autour
disparue, saules
et étangs
se creusent, écran-
fiction, quelle vue
sous le gris
demain parti.
On peut en parler
sans doute
dans les angles,
ces yeux, là. »

Wilhelmine B.




Il faut voir les étangs, leur sécheresse
dans le soir, le matin leur pauvreté ;
on couche ici dans un monde où on rit fort
la nuit descendue. L'aube brûlante

on se tient aux murs, au regard
de ce qui recommence, ne nous appartient pas,
de ces êtres qui vont comme nous,
là où nous sommes allés

et allons, les rues, tables renversées
il y a des années pour que la terre
mange les habitants qui marchent
vers les étangs, morts depuis le ciel.

On ne peut rien décrire autrement
depuis cette ville où on perçoit sans lumière,
où les yeux ne sont là que pour les yeux.
Le reste passe, flou dans la pluie, ce qu’elle fait loin.

En attendant ça défile au gré des rives,
dans la solitude et la poussière,
de la ligne blanche, de l’eau
qui dessous se regarde et se meurt,

en attendant les habitants font tout
comme si dans le ciel nulle part
un doigt ne se décomposait pas ;
sous la coupole, pendant, on est seul.

Et qui dit des mots distants, des mots juste
nés là-bas, n’est pas dans l’air pris
en compte, qu’est-ce qui dans l’air
est vu, reste dans le cœur : rien, sinon

on croit sourire. Il y a la faiblesse d’âme,
la médiocrité au corps par l’esprit,
l’existence aux yeux tombants, sa jeunesse
comme sans existence passée : fille

déchue, mains fermées , paupières closes.
Quand on cherche l’ombre du jour
on sent sur les murs ce qui passe, las
de tout, son odeur pour autant. Les oubliés

ont une vie, pour autant donc de l’ombre
font, tâchent les façades plus et par-
là plus encore sont légions sans dire,
il en va du monde ainsi, souffle noir vivant.

 Romeyn de Hooghe



vendredi 6 septembre 2019

Paysage du jour 84


In memoriam,
Georges Perec

Le dernier mort
sur le côté du temple
regarde les fleurs
qu’il n’avait pas connues
avant de venir là
glisser au côté du temple.

Il n’y a rien de mieux à  faire
que marcher sur des planches
invisibles, dans des étages invisibles,
pendant que les voisins s’inquiètent,
se souviennent
puis passent à autre chose.


Georges Perec, devant la maison de son enfance, rue Vilin

Un bel article de Yann Mirallès sur Géomancies

Yann Mirallès a signé sur Poezibao une bien belle recension de mes Géomancies
C'est à lire ici.

mardi 3 septembre 2019

Paysage du jour 83





Le train longe la mer,
les dieux errent par en haut,

il faut regarder trop vite
pour les voir ou se perdre
c’est pareil. Fuir
et fuir encore, passer son tour
jusqu’à demain, l’impossible
chose, tandis qu’on offre,

le rouge aux yeux,
une bière au présent,
la côte qui défile,
disparaît, instant après instant.