vendredi 15 mars 2019

Paysage du jour 69 (Fausses-Reposes)





Quelle est la terre penchée sous ce banc
autour le bois
redevenu sauvage
soi-disant
en cette nuit sans saveur
 
pauvre arme que l’oubli
enrayée sans fin
 
la terre qui remonte
sous ce banc 
nous n'y vivons pas
ferions mieux d’être ailleurs
seuls qu’accompagnés du mal
 
creux vers les arbres
la lisière de nos regards
le vide là-bas
en nous commun


dimanche 10 mars 2019

Paysage du jour 68





Où plus bas le chemin fermé
l’humus qui sent fort

les pentes luisantes
dans la poussière

la terre effritée
sèche et aérienne

sur les côtés des tôles froides
l'engrenage huileux des rues





Paysage du jour 67





Quel amoureux d’un temps
sa main qui ressemble aux autres

posée dans l’air qui souffle
sec la peur partout

ses yeux dedans
quel amoureux

d’un temps avance
avec dans la main

tendue au loin ce qu’être aveugle
et voir peut vouloir dire et vouloir




Pier Paolo Pasolini

vendredi 8 mars 2019

Paysage du jour 66





Qui a l’usage
comme un objet
de ce qui se passe
se tient là

comme s’il savait
son parfum
son jour et sa mort

sa rue son nom
l’heure ratée

celle où il marche devant lui
qui

ses yeux
ne partagent rien



Brian De Palma  : Blow out

vendredi 1 mars 2019

Paysage du jour 65





Qu’est-ce que cet instant
peau posée sur la peau
sans qu’on la regrette

à quelle peau parle-t-on
quand on se rappelle
son odeur pareille à toutes
unique mais on s’en moque
tant qu’on s’en souvient

qu’elle s’éloigne comme une route
de celles qui dans les montagnes
se brisent dans les arbres
et ne font pas de bruit juste
une silhouette nue dans la terre


Jacqueline Kennedy par Andy Warhol

jeudi 28 février 2019

Paysage du jour 64


  


à André Boutin et Chris Marker, qui m’ont envoyé une lettre en 1936, depuis le Laos,
une lettre qui m’est parvenue en février 2019
(authentique)



Qui marche se presse
le long du manteau de pluie
les géomanciens sont tombés
dans la boue le regard se tourne
revient mais ne se détache pas

c’est prisonnier qu’on nous parle
depuis les autres temps
et au devant cet être
qu’on aime à moitié et tant
qui nous appartient
et voit ailleurs
échappe à nos yeux
porte tout superbe
le long du manteau de pluie
marche se presse
nous voit de si haut
marche se presse



Femme portant le sinh (Laos)

Paysage du jour 63





Dans quel parc
au bord de quels cafés fermés
rangés en dents jaunes
le long de quel boulevard circulaire
a lieu l’entretien

qui y répond qui pose
la voix sur la voix
qui lui parle il y a dans la pelouse
une ombre qui grandit

qui s’en va longe
la rue retrouve l’intérieur
qui est né pour ça
et tremble de marcher
à jamais et ne sourit pas

qui revient au parc
pour la voix et les yeux
se tendre sur l'ombre



Peinture : Luc Tuymans