mercredi 6 juin 2018

Le son d'Anvers (extrait, 3)





le long des canaux la ville
sans ses lumières

elles sont là pourtant
dans chaque branche
qui hiberne les arbres 
coupés de la terre 
les sentent à leurs côtés

des péniches passent
à bord des regards sûrs

le long des canaux la ville
perd ses lumières

Chantal Akerman, "News from home"


lundi 28 mai 2018

Le son d'Anvers (extrait, 2)





les ombres penchées
des lettres rouges
qui disent les restaurants
les bars

derrière les carreaux cassés
sous les combles on souffle
sous les paupières on dévisage
ceux qui marchent en bas

les prospectus froissés
tirés par le vent jusqu’aux gibets
de la place où sont les lépreux
leurs gobelets vides
leurs regards fous

le vent brûle
les ombres les flaques
fuyantes        une cendre
peau morte

pluie et poussière
dans les falaises
sur la chaussée        aux bords



mercredi 23 mai 2018

Dimanche, musée Fabre




Dimanche prochain, le 27 mai, je suis invité à la Comédie du livre de Montpellier, pour lire au musée Fabre.
Evénement collectif, en belle compagnie, autour de Bruxelles, de la Flandre et au-delà.
Je lirai "Rue des ambassades" et mes poèmes dédiés à la Senne.

Au plaisir de vous y voir déambuler jusqu'à nous.


jeudi 17 mai 2018

Quatrains-Propagandes





L'intégralité de ma lecture au Zo, à Nîmes, le 17 avril.
Mes Quatrains-Propagandes.
Merci à Vincent Capes pour son accueil et pour cette captation.



jeudi 10 mai 2018

Lignes d'un guide volé 2





« Reproduit à la perfection les grandes villes »
comme les arbres qui bougent au bout des champs
ou la manière dont le vieux temps passe
tout autour sans savoir qu’au-dedans
il s’arrête en chemin et reste entre deux parkings
et encombre la route mais on dessine malgré tout
la carte et ses détails sans vraiment en oublier un seul


*
**


« Rentrer à l’hôtel (qui sont très nombreux dans cette partie de la ville) »
resserrer la gorge dans l’ascenseur
avant que la porte s’ouvre
le soupir témoigne que les murs sont froids
du moins de l’autre côté là où le vent souffle
les enseignes se répondent et c’est tout jusqu’au loin



*
**


« Parc récréatif »
les animaux à sang chaud
qui s’assoient se roulent au gré du sable
ont le regard assez éteint
sur l’image mais en tous cas ils sont là
l’air un peu abruti mais ils sont là



*
**


« Qui fabrique des tenues hors de prix qui méritent de figurer dans un musée »
ne se rend compte qu’un instant après
de la longue traîne à l’affût
au bord de la route aux quatre coins du jardin
mais est déjà ailleurs à faire des pas de côté
pour éviter de marcher
autant dire qu’en leurs temps
les visiteurs auront de quoi rire




mardi 8 mai 2018

Le son d'Anvers (extrait)





avec Pascal Deleuze


Mécanique sur une plage
                        qu’on n’a pas vue

            le vent se prend dans les drapeaux
on ne peut que le soleil imaginer,
            bizarre pour une plage du Nord
mais de toutes façons tout est bizarre


La ville qu’on n’a pas vue
sauf des morceaux            – on se souvient des épaules des gens –
ce qui importe c’est ce qu’on a vu
                                                ce n’est pas tout
(comme si on pouvait poser ses yeux
dans chaque pierre d’une ville)

mais c’est l’impression qu’on a
            au premier abord avec le souvenir
puis tout est faux quand on réfléchit bien,
tout fait du bruit, on court après le silence

alors ce qui traverse,
le fleuve strident des piétons,
son sable brillant aux oreilles,
c’est intégralement la ville
que rien en nous ne retient

sauf les images qu’on peut projeter
une fois enregistrées,
            il faut juste s’acheter l’appareil
            qui permette cela, avec son argent à soi,
            uniquement à soi.

On peut même prendre une photo de ce qu’on n’a jamais vu.

Après tout on y est allé,
c’est juste après coup qu’on prend des vues.
On recadre à partir des autres lieux,
c’est facile : ils se mélangent tellement,

ils ne forment qu’un
millier d'unités.




Photo: Bowie Lenaerts

dimanche 6 mai 2018

Lignes d'un guide volé




"Osez pousser la porte de l'austère façade dont toute la ville parle"
sauf qu'il n'y est pas un mot
oh c'est sans doute la fatigue elle se fait comprendre
dans tous les cas on avance dans le couloir
à présent il y a des choses qu'on n'a pas aperçues


*
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"Des poutrelles d'acier, des poignées de porte"
la rue au creux du soleil
sous les deux coulées de lave de l'ombre
on ne croit pas si bien dire
on avance sans un bruit


*
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"Allez épier le jeudi et le vendredi"
repartez vous fondre dans la voiture
ou dans les phares laissez passer les étangs
et pensez au coeur frais qui vous relance


*
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"Les caves du château médiéval"
se visitent dans un songe
comme une porte au milieu d'un carrefour
un sommeil doré
la lumière des chandelles et les interrupteurs
on les contemple pour toujours un peu abruti


Photo : Marie Demunter, 
extraite de "Bruxelles", Marie Demunter, Laurent Bonneau, éditions Les Ronds dans l'O