jeudi 19 décembre 2013

les mots




les mots


les mots de la neige

glissent
où sous la peau
murmurent

la rue entend

les pas perdus
sous la chaussée
creusent les branches
d'une étoile

les yeux levés
les fenêtres

au gré du cristal
les yeux
les fenêtres
bavent la glace
des soupirs

glissent
où sous la peau
demain se creuse
en souterrain

les mots de la neige

au-dessus
sans un bruit
marcher

mercredi 18 décembre 2013

le col gris...




le col gris
la reine refuse
les heures
à l'angle mort
du soir

sous ses doigts
sans peau
les bagues
au sol
grisées

le col noir
la reine revient
d'où partir se fait

à l'angle mort
les heures
la reine
refusent

Alejandra Pizarnik




"Ca me semble inconcevable de ne pas périr noyé si on voyage en cargo."

Alejandra Pizarnik, Journaux

mardi 17 décembre 2013

à dos de sable...




à dos de sable
mots

écho
vertèbres
grains

une plage où rien
qu'une eau
gorgée de sel

veines
sourires
dressés sortis
de là-bas

à dos de sable

omoplates hautes...




omoplates hautes
plus que la fenêtre

se collent au mur
un liquide
où la pierre
se salira

jusqu'à la ruine
omoplates hautes

dimanche 1 décembre 2013

C'est un cœur...




    C'est un cœur qui sait s'approcher de nous. Il connaît le moyen de nous rejoindre, depuis là où il est né. Entre des fleurs, c'est ce qu'on dit, mais nul n'a pu visiter la plage rouge où on l'a mis au monde. C'est un endroit délivré des regards, déserté par les cartes et par les référencements les plus maniaques. Mais peu importe d'où il vient, seul compte sa voix qui fait se chiffonner nos murs.
    La ville se creuse de vagues et de bâillements affolés, sur ses avenues les voitures tendent leurs bras tant d'un côté que de l'autre, afin de savoir par quel sens entrer dans les boutiques. Mais les magasins sont fermés, à cette heure du jour qui voudrait y entrer ? Ce n'est pas qu'il soit trop tard ni trop tôt mais il est simplement un temps introuvable, invisible, infréquentable. Devant la banque un chien se noie, à moins qu'il s'agisse d'un bus ; d'ici on ne voit que mal.
    Heureusement il y a le cœur, son front chargé de la pluie des rues, ses joues tatouées de gris, du gris des larmes des maisons, sa bouche dont les lèvres portent chacune une haleine différente. Pour une c'est le souffle de la terre, pour l'autre le murmure des angles morts. Et tant la terre qui vit sous les rues que les façades aux coins des avenues perdues ont gravé leurs odeurs dans les replis du cœur.
    Mais déjà il y en a qui dans les maisons prennent peur. Qui se glissent entre deux rideaux pour ne pouvoir être vus, ou qui plantent leurs doigts au fond de leurs gorges afin d'étouffer toute chanson de bienvenue. Du coup, de tant de silence et de si peu de présence, le cœur se sent malvenu. Il lui faut trouver un autre chemin, s'il veut se dissocier du vent et au creux des logis fraterniser. Il décide de rejoindre la voie oubliée.
    Il l'a bien connue, cette artère de chemin de fer, lorsqu'en de plus paisibles années le temps le prenait de descendre et de remonter les contours de la ville. Il arpentait alors le ballast de la voie, un ballast noir, brûlé tant par le soleil que par les passages. De temps en temps, à force d'arpenter il en avait assez, il s'en allait, il redescendait du chemin de pierre, en passant par un trou dans l'accotement, qui le menait droit à des ruelles qu'il n'a jamais pu retrouver depuis.

Un extrait des Chants d'en bas de Philippe Jaccottet.




Un extrait des Chants d'en bas de Philippe Jaccottet. Je sens un lien entre ces vers et mon travail. Bien entendu ces deux choses étant sans commune mesure, c'est bien d'en bas que je me permets de citer le maître.

"J'ai dans la tête des visions de rues la nuit,
de chambres, de visages emmêlés
plus nombreux que les feuilles d'arbres en été
et eux-mêmes remplis d'images, de pensées
- c'est comme un labyrinthe de miroirs
mal éclairé par des lampes falotes -,
(...)
J'ai plein la tête de faux-jours, et de reflets
dans les trappes d'un fleuve ténébreux,
je me souviens de bouches inlassables sur ses bords-

tout cela maintenant pour moi est sous la terre
et mon oreille collée à l'herbe l'entend,
à travers le tonnerre de sa propre peur et les
coups de scie des insectes, qui gémit -
donnez-lui le nom que vous voudrez, mais elle est là,
c'est sûr, elle est dessous, obscure, et elle pleure." 

quand la porte s'ouvre...



quand la porte s'ouvre
la maison pousse un soupir
sur mes hanches

dans le couloir des guirlandes
blanches maigres

pourtant vivantes 



Extrait de Route pauvre

la vallée prise dans le vent...




la vallée prise dans le vent
de la montagne
d'un coin à l'autre
nulle étoile au ciel
une route pauvre
anthracite
suie
rare dans ce pays

ici les aiguilles jaunes
les aiguilles de pin

dans le vent tordent leurs têtes
l'obscurité les brûle

de sous la maison elles remontent

tirées du cœur de la Terre



Extrait de Route pauvre (en cours)