vendredi 31 janvier 2014

dans la maison revenir...

 
 
 
dans la maison revenir
prendre sur sa nuque
la nuit

ouvrir ses bras pour les branches...




ouvrir ses bras pour les branches
allongées leur peau blessée
ouvrir ses bras puis les resserrer
sentir sur sa peau la peau craquer

de buée en veines rompues...




de buée en veines rompues
toujours plus dans le noir
se cache ce qui ne se voit
depuis longtemps déjà plus

qu'est-ce dans cette maison...




qu'est-ce dans cette maison
là où se perd la forêt
là où glissent les bêtes
sous les fissures et dans les portes
et d'où jamais ne ressortent

qu'est-ce dans cette maison
et comment vivre
avec cela

mardi 14 janvier 2014

ses genoux remontés...




ses genoux remontés
ses yeux perdus
dessus
en laque ses lèvres
jusqu'à ses chevilles
et les pieds
de part en part du métro

un monstre
je me dis
à présent

laque de lèvres
sous ses genoux perdus
que chercher sur le sol
des insectes viennent
et des détergents
la mémoire sourit
lentement
tendrement
drôlement

Alejandra Pizarnik




"Je n'ai jamais pensé avec des phrases. A peine quelques mots qui bourdonnent depuis mon enfance."
(Alejandra Pizarnik, Journaux)

dimanche 12 janvier 2014

fête


porte
nuit
pas de questions

se pose après
la question
les rubans
dans le gravier

porte
nuit
nous en sommes là
absents depuis
mais à présent
porte
la nuit

la question
les rubans
le gravier
dans les joues fondus

vert-de-gris
nos pas
dans le jardin
ses joues fondues

Devata




sous les sourires
huit lèvres
un monde dans
la terre rouge

les scolopendres
les danseuses
les sourires troués
les balles
ou le bétel

le silence
le faux silence
au sourire troué

un monde
dans la terre rouge

la maison a tourné...




la maison a tourné
sur nos ombres

la colline ignore
où nous sommes

son dos
ses seins
ses cheveux
les plis de son ventre
et le caillou
rouge et blanc
entre sa gencive et sa dent

la colline perdue
sur la terre toute menue

nos ombres
guère plus

la maison a tourné

dimanche 5 janvier 2014

Qui êtes-vous ?



 
   Qui êtes-vous, vous qui n'êtes-pas ?
   Elle se pose la question quand elle remonte le boulevard, vers la place où chaque nuit s'acheminent un grand nombre de voitures qui y tournent en ronde avant de disparaître.
   Où êtes-vous ?
   Elle les voit avec peine à ses côtés, ils sont un peu penchés, un peu vacillants ; pour eux se tenir debout semble une aventure perdue d'avance. Car la plupart du temps, au bout d'un moment ils tombent et elle ne les voit plus du tout. Avant qu'ils chutent elle ne les distingue que guère, une fois que le caniveau les a attirés à lui, quand il a soufflé leur ombre comme la flamme d'une bougie, ne reste d'eux qu'une absence, encore plus prégnante que celle qui était déjà la leur avant qu'ils se soient évanouis. Bref, d'invisibles ils deviennent imperceptibles, ou quelque chose d'approchant.
   Ils ne sont jamais loin de mener leur présence près de la sienne ; comme enivrés par son être ils déambulent dans ses parages, sans manquer, lorsque l'exige un obstacle sur le trottoir, de prendre le large ou au contraire de se cogner à elle.
   Leur peau ne sent rien. On entend par-là qu'elle ne dégage aucune odeur, mais aussi qu'elle ne paraît pas gênée d'entrer en contact avec sa peau à elle. Toutefois il ne leur faut qu'un instant pour prendre leurs distances, si elle les chasse d'un geste de la main ou bien si elle murmure ou encore grogne.
   Ce n'est pas qu'ils la mettent vraiment mal à l'aise. Elle n'éprouve pas le besoin de rejoindre en courant la place, là-haut, afin d'arrêter une voiture pour y monter et s'enfuir tout-à-fait. Ce n'est pas ça, pas ça exactement. C'est plutôt du dégoût. Parce qu'ils sont invisibles, sans doute lâches, et cependant pugnaces, opiniâtres, inévitables. Ils sont présents à chaque centimètre du boulevard, entre chaque arbre, sur chaque banc. Toutes les crottes de chiens, tous les mégots de cigarettes et tous les crachats plus ou moins bilieux portent la trace de leur luisance. Ils sont omniscients et sans image, pleutres car camouflés de nuit dans le sein même de la nuit.
   Qui êtes-vous ? Vous qui n'êtes pas, pourquoi êtes-vous là ? Qui êtes-vous ?
   Mais déjà la voici en vue de la place.