mercredi 21 janvier 2015

Feuilleton, 8ème chapitre





    
8


     il monte

     dans la vallée voit
     des éclats
     de pierre à feu
    
     colonne de tanks
     voitures blindées
     grappes d'hommes
     assis le long de la route
     l'arme à la hanche
    
     on a transformé
     la maison en brasier
    

*

      
     à son sommet la montagne
     se creuse
     en un plateau concave
    
     dans l'herbe comme rizière
     ses pieds brouillées
     ses doigts de pâte
     mous humides


 *


     il va rejoindre le chemin
     sa terre

     nulle peur
     ses pas incertains

     marcher
    

 *


     comme alors
     au bas des falaises
     ou dans les rues
     figées de neige
    
     entre deux amas de rochers
     pour l'attendre
     elle s'est arrêtée

     sur ses épaules rêche une cape
     durs ses genoux
    
     le froid qui remonte des falaises
     domine la vallée
    

 *


     son visage tourné
     autour de lui glissées
     à pleine bouche
     les aiguilles de pin

     au-dessus les falaises
    
     entre ses lèvres
     la terre jaune du chemin
    
     plantés dans ses paumes
     des petits graviers dorés

     en contrebas les vagues
     soulèvent les galets


 *


     le lifeguard
     sort de sa cabane
     de poussière grisée
     lui fait signe
     de se relever
    
     une vague
     se pourrait
     l'emporter
    
     il hésite à s'approcher
     de cet homme
    
     comme un souvenir
                       il n'est pas d'ici

mardi 20 janvier 2015

Feuilleton, 7ème chapitre




7


la vallée prise dans le vent
de la montagne
d'un coin à l'autre
nulle étoile au ciel
juste une route pauvre
anthracite
suie
rare dans ce pays

ici les aiguilles jaunes
les aiguilles de pin
dans le vent tordent leurs têtes
l'obscurité les brûle

de sous la maison elles remontent
tirées du cœur de la Terre


*


quand la porte s'ouvre
la maison pousse un soupir
sur ses hanches
dans le couloir des guirlandes
blanches maigres
pourtant vivantes


*


des grappes d'herbe sauvage
les petites plantes barbares
se permettent de le suivre
sourires en coin
le faire tomber


*


le cyprès se redresse
le soleil dans ses yeux

pointe une main
sur sa mâchoire
entre ses dents


*


la robe qu'elle portait
enlace son cou
creuse son dos
autour de ses pattes s'enroule
bien droite
dans le vent
son visage noir
spasme
se lèvent
vers lui
ses yeux


*


l'entrée du jardin

dans son dos ses lèvres
entre ses omoplates
une main


*


elle s'est ébrouée
comme de froid

son museau vers la montagne
ses pattes relevées
retombées dans la poussière

comme de froid
partie vers là-haut


*


ses doigts sur la grille

la maison lui fait peur

se tourne vers la garrigue

elle l'attend
sur ses pattes arrières
dressée
la montagne elle aussi
dressée
de tourbillons absinthe



lundi 19 janvier 2015

Feuilleton, 6ème chapitre




6



le jardin dans l'ombre
encore

les buissons de sauge
au chevet du chemin
recroquevillés

la vigne et les oliviers
durant la nuit
mélangés
l'aube trop tendre
ne les a pas
séparés
la montagne durcie

une gangue de verre

le long de la pente
le brouillard se détache
de l'aube
la fait frissonner


*


là-haut s'avance
un homme sans toucher terre

comme sur une rivière
un chemin de ronde


*


bottes militaires
pantalon de treillis
tee-shirt kaki
gibecière de même
étrange chapeau
couvert de fils épais
sur les yeux la visière

entre ses mains tendues
légèrement sur son côté
un fusil


*


il fait un pas
devant la porte
au jardin la terre
en poussière
bouts de brindilles
et racines desséchées


*


arrêté d'avancer
là-haut l'homme
devant un arbre
cueille des fruits
petites baies rouges

sa mâchoire
ses tempes
au rythme de son cœur


dimanche 18 janvier 2015

Feuilleton, 5ème chapitre





5



au-dehors la statue
sa voix au soir

draps tendu
d'un mur à l'autre
du jardin

de la chambre

de la montagne

fumée sur ses flancs


*


la statue de grès
dans le jardin
comme une bougie
sur une table

en avant
de deux cyprès

en plein midi une enfant
sur une plage ses parents
par le soleil et les années
à distance
des fers aux pieds


*


ses yeux brisés
rouges fissures
globes gris
perlés de poussière
aux coins

là où la pluie
pluie pourpre
pluie rubis
pluie carmin
pluie sanguine
ses deux joues
tirées d'une falaise


*


une petite fille
le soleil
et le temps


*


les yeux de la statue
toute la chambre
de leur lumière

la chaux frémit
essaim d'abeilles
des lézardes
sur tous les murs


au-dehors la statue

samedi 17 janvier 2015

Feuilleton, 4ème chapitre





4



serré contre sa chambre
une sorte de salon

une table deux chaises
un bahut rempli d'assiettes

ni verres ni plats ni couverts
qui voudrait y manger
avec les doigts mangerait


*


sorti de la chambre
reste dans le couloir
au néon la lumière blanche

sous ses pieds nus
le carrelage vibre

vision brouillée
perd ses yeux
marches de l'escalier
vers le grenier

deux petites chambres
deux petits lits
sentent le vomi
entoure les murs
le chant des cigales
caresse ses joues
l'odeur
vertige

ombres de l'armoire
poussières partout
tunnel au-delà
dans la porte
de l'armoire
grelotte le mur
la pierre grogne
craque

un cœur

coup de grisou
des mines oubliées
au fond de la vallée
assis
un géant frappe


vendredi 16 janvier 2015

Wales




ne plus savoir si sable
ou pierre sous le pier
savoir la maison hantée
la plus petite de l'UK
mais à sa porte l'esprit
ne plus le voir
ne plus savoir

en un mot le pays
s'effrite et la mer
se retire comme pour
pleurer vers l'Ouest
tandis qu'au pier l'Angleterre
joue sa tête

tandis que la couronne
sous mes doigts
se perd


Marseille




le soleil par derrière
creuse les reins le cou
se trouve le sol
pour nous retenir

le sol de l'avenue
salée de mer et de cafards
c'est une ville sale on dit
non sans raison comme ailleurs

je me souviens que demain
ici rien ne se voudra
pour moi l'étranger
comme on croit aimer

à dire ici

Feuilleton, 3ème chapitre




3



pourquoi cette maison
il ne sait pas
son jardin cerné
de champs
de vignes et d'oliviers
pas de grange alentour
aucun vestige
ne hérisse la terre


*


entre ses murs courtauds
pansus
à demi écroulés
à moitié avalés
par la poussière
le mas n'a pu abriter
que deux ou trois humains
une petite famille
a pu y séjourner
mourir et procréer


*


cette maison sortie de terre
quand seule poussait la garrigue
jusqu'à la montagne
bâtie pour piéger le soleil
pour qu'il se jette sur elle
s'étouffe entre ses murs
perde sa lumière
après sa porte forcée

pour que sur le palier
à l'intérieur attiré
qu'au cœur de la bâtisse
le feu le quitte
qu'il ne puisse ressortir

sinon le dehors
dénué de flammes
comme un anonyme
à la fosse commune
et le dehors se moquerait de lui


*


il fait sombre frais
dans les petites pièces

quelle force y est à l’œuvre
mange la chaleur de la plaine
accueille en elle
le feu du dehors


*


autour ils grouillent de vie
la lumière et le feu
par la lumière et le feu
la peau de la garrigue
ocre et absinthe
aux oliviers mêlée
ces deux peaux veinées
de vignes presque noires

par la lumière et le feu
ondoient du crissement
des insectes
des soupirs
des serpents
jusqu'au pied de la montagne
et au-delà


*


il ne sait comment l'obscurité
le froid
sont les maîtres entre ces murs

quand bâille la fenêtre
sur le soleil de midi
le carrelage se couvre
d'une ombre moussue

ils engourdissent ses pieds
les carreaux

il dévore leur chaleur


*


il ne sait pas depuis combien
ce cube de pierre est sorti de terre
de la poussière orange
de la vallée

cette poussière que les aiguilles
émeraude et jaunes
que les feuilles grasses
les troncs pelés
en eux font monter
pour respirer
pour se tourner
vers le soleil

cette poussière la nuit
se soulève et vole
vers la lune puis
bien vite retombe
grise et grisée
plus lourde et plus forte
que le jour d'avant
tandis qu'à l'horizon
l'aube gronde


*


il a l'impression
que les murs de la maison
changent d'orientation
qu'ils se déplacent

ce n'est pas qu'il sente
les pierres s'ébranler
ni la bâtisse grincer
ou chuinter
virer dans la plaine

simplement par moments
la maison fait tout pour tourner
le dos à la montagne
à d'autres moments
elle tente son possible
pour lui faire face
les murs ont beau ne pas bouger
il perçoit leur tension
comme s'ils voulaient
s'éloigner de la pente
ou alors gagner ses flancs


*


la maison aime tant la montagne
tant que parfois son corps essaie
de s'arracher du sol
pour la rejoindre
parfois elle la hait
au point de refuser
de la voir
au point de se détourner
vers la plaine
qui n'a pas de fin