mercredi 20 mai 2015

Extrait 10






la radio bat seule
sortie du sol chèrement sa peau

se coule dans l’eau
mais les mains la retiennent
la remettent pièce en pièce
dans leurs ventres leurs oreilles

les yeux ce n’est plus la peine
la nuit ne se voit pas
elle s’entend noyée dans les moteurs
morts ou éteints pour le bruit
de l’ombre et de l’eau
seul maître à bord

comme dans les montagnes
les collines les plaines
au fond des jarres
la pluie de métaux lourds
de remonter attend

lundi 18 mai 2015

Extrait 9





remonte ce cœur se laisse prendre

une nasse rouge au coin de la mer
cet angle où se cache tout un instant

rapporte-moi des chaînes dit l’obscurité
à qui ne sait tout est pour parler

pendant que dérive au bord comme une mélodie
demain j’aurai ton âge remarque l’île perdue
à qui ne sait parler tout est juste voir

j’aurai demain d’ailleurs en attendant je serre
ce tour sur soi-même qui est l'appeau de l'air

dimanche 17 mai 2015

Segalen




"Le premier voyage autour du monde dut en être le plus désenchanté. Fort heureusement Magellan mourut avant le retour." (Victor Segalen, Essai sur l'exotisme)

Faire en sorte que le monde n'ait pas de fin est le seul but de la poésie.




samedi 16 mai 2015

Extrait 8






sous les côtés creux de la route
rentrent les yeux pour ne rien voir

devant tout continue d’éclairer

mais la ville fait deux tours sur elle-même
pour s’en aller comme une plage

dans les rochers on les entend
les singes enfuis hantés de mots

mais ce car au loin qui descend dans la plaine
ignore tout après tout le chauffeur dort

son esprit veille dans le trou d’aiguille du ciel
et ses mains tombent jusqu’à terre
sans le savoir

jeudi 14 mai 2015

Extrait 7





en quel mensonge parles-tu

le fantôme sous la robe serrée du chemin

j’ai en d’autres temps dit des mots vrais

mais chaque maison ferme les yeux

en la grande peur le vide

ne rien pouvoir te redire
fantôme où tu n’es pas

sous ta peau d’autres peaux
à jamais se remet
notre discussion la ville roule

sous tant de montagnes tout repose

lundi 11 mai 2015

Extrait 6





il n’y a pas de bannière plus penchée
que la nuit la colline
toute en respiration de métal
enfui revenant disparu

ces quelques heures tombées
sur le long rectangle noir
plus qu’au jour enclos d’attente
la guerre qui s’y recommence
ne parle à personne sans plus
de cris que ces oiseaux
innommables peut-être insectes

demain se posent les moteurs
et tout autour ailleurs fièvre
peau malade à l’intérieur
tout en tournant la colline

relevée de ses cheveux la bannière
tandis que les instruments de mesure
perdent une à une
les gouttes anonymes de leurs vies