mardi 29 septembre 2015

Tombeau de Mouhot





le livre posé sur la pierre
comme un angle au coin d’une rue

sous couvert de combien d’arbres
a-t-il fallu couper de baisers
cachés dans l’air par des esprits

vous souvenez-vous par exemple mademoiselle
ou vous autre ou toute autre part
que l’oublié de cent trente ans ne vous a pas oubliées

enfin dans l’air ne sait ce que cache l’air
de mentir à la mémoire c’est toujours comme
cela que la vie se glisse dans la vie

bientôt plus rien ne se saura
de la pierre posée sous le livre
où le temps se reprendra
de ses mains fort voilées
comme un angle au coin d'une rue




mercredi 23 septembre 2015

lundi 7 septembre 2015

Hanoï (géomancie)




à l'instant je pars sous un labyrinthe à tant de noms
qui n'est jamais le même selon les bateaux
les routes maritimes volent aussi sur la terre
et comme des mendiantes s'allongent dans les rues

je crois que des artères creusées pour aller droit aux âmes
méritent de descendre de la chambre aux lumières
elles se disperseront bientôt devant le souffle tiède
du fleuve et de la mer qui le soir se délient

car dans leur chair languide les rues sont empruntées
par le cortège d'eau rouge de millions de fidèles
oublie-t-on la calme tempête au cœur nonchalant qui se serre
je ne sais pas mais se damner c'est se bannir de sa ville

car même si elle est en ruine la maison frappe ses murs
aux portes du ciel et cette paix qui descend
force à rester debout dans la moisson du souvenir
une cité qui ne dit rien n'a jamais vu le jour

samedi 5 septembre 2015

Saorge 6




in memoriam Henri Michaux

je crois quand l'heure vient que l'Asie se fout bien
de quelques mots sinueux pas assez autant qu'elle

c'est un pays de nuit où j'ai posé mes pieds
là où elle bouge bien en dessous des yeux
là où elle remue on ne part jamais trop tard
c'est juste une aventure c'est tout pour le regard


Saorge 5




toujours au creux des mots la perle jaune
mais on dit bien des faussetés sur qui nous vient aux yeux

des fumeurs chinois aux lianes annamites
on dérape dans la boue à gros dos motorbikes
pendant que la guerre gronde pour des îles carburants

 

vendredi 4 septembre 2015

Le tigre




 à Apichatpong Weerasethakul


le nom qui ne se dit pas qui est étrange qui est d'accent
c'est tout le monde là-bas

ces marches perdues ces cœurs sans vie
comme un ongle qui luit le fauve et la forêt

on refuse d'autres mots à ce qui n'est pas enfui
de cette manière encore la nuit se fait de cuivre

de ces chairs abandonnées à une histoire mal maudite
à pas de loups sans doute notre guerre s'en revient

où à l'âge d'homme sans doute encore les arbres nous épient
et ne peuvent rien dire qu'un tigre disparu
demain nous reviendrons et ne saurons plus rien


jeudi 3 septembre 2015

Saorge 4

 


Bateau-peuple

souviennent cet océan de peu de vie
il mange ce que doit c'est ce monde à renaître
où les mots qui ne se parlent plus
portent aux yeux leurs premières traces

avant de partir on fait toujours des signes
et la miséricorde sait bien ne pas savoir

 

mercredi 2 septembre 2015

Saorge 3




Hanoï aux Alpes
aux environs de l'orage
sans doute une question d'électricité
de fils serrés de volets qui soupirent

Hanoï après tout je suis là pour ça
je suis sous son toit

 

Saorge 2




le robinet gronde
le silence en cascade
je comprends très bien ce que veut dire
le diable est partout

 

Saorge




c'est un peu comme un train fantôme
on joue à être le prisonnier
d'un monde qui n'existe pas