mardi 31 mai 2016

Dyptique sans lieu





Un souffle sous la montagne,
un de ces squales
qui nagent dans les pierres.

Sur l'autre montant des vitres,
des loups.

La forêt clignote à la manière des yeux, 
des oiseaux piquent la cime des arbres.

On regarde la route, on ne dit plus un mot.

*
**

Des pavillons entourés de pelouses,
des habitants qui s'arrêtent
au pas de leur porte.

Les barrières attirent 
le blanc glacé des nuages
et tout brûle
sans qu'on ne sente rien.

Le porche d'une maison nous dévisage,
nous dit : tout ce qui est derrière lui
n'est pas pour nous.
Ni lits tièdes, ni armoires emplies de nourriture
et de draps.

Cette maison est la soeur jumelle
de la nôtre.
Mais une voix enrouée,
rouge,
nous appelle dans le jardin.




Image : Blow-up, Michelangelo Antonioni

mardi 24 mai 2016

Sans lieu





La route rejoint les collines
pour s'enfoncer dans la forêt.

Le long des bandes blanches
des voitures nous dépassent,
klaxonnent pour effrayer les bêtes.

On les voit, avec leurs yeux qui luisent,
leurs fourrures.
Leurs voies sont aiguës,
ce sont des murènes.

*
**

Nos mains sur le bord de la baignoire,
cheveux dans l'eau et vêtements à terre,
sur eux des taches, des bijoux,
des branches piquantes, des étoiles.

Dans les draps l'araignée comme sa toile,
où rien ne peut atteindre,
ni sel, ni eau,
dans cet asile baigné de sueur,
aux flancs de la raie manta,
des poissons-pilotes dans le noir.

Les visages nous picotent,
leurs lèvres vernies,
leurs rides de sable
et leurs dents creusées
quand ils sourient.

Nous dormons de toutes nos forces
pour ne pas nous réveiller.






dimanche 22 mai 2016

Sans lieu





Le vent souffle et  le lit
commence de l'écouter.

Sans se noyer dans ses bras,
lui dire des lèvres
comme à un lit ensorcelé,
sûr de l'être.

Feuilles dans l'humus,
les pensées grondent,
en une terre au soleil
s'en va.

Monceaux qui s'en rejoignent
l'immobilité.

Une bougie dont on aurait enlevé
presque toute la cire,
maigre et juste en haut
une flamme.




samedi 21 mai 2016

Le 4 juin, à Montfrin !




Le samedi 4 juin, j'aurai le plaisir de lire sous le mammouth, à la Cave de Montfrin, en compagnie d'éditeurs et de poètes immanquables.
Venez, Dionysos ne manquera pas de veiller sur vous !




  
Samedi 4 Juin 2016
Lecture à boire
Les chasseurs de mammouth étaient-ils poètes ?
La Cave Intercommunale de Montfrin vous  invite 
à une rencontre-dégustation, aux  pieds du célèbre mammouth avec les éditions artisanales

Atelier Philippe Moreau (Forcalquier - Basses Alpes)
Atelier Des Grames (Anik Vinay-Souchière - Gigondas)
Éditions Les Arêtes (Sandrine Pot - Arles-Sur-Rhône)
Propos2éditions (Michel Foissier - Ongles - Basses Alpes)
Editions Jacques Brémond (Remoulins)
Tout au long de la journée lectures par les écrivains et poètes
Jacques Allemand  - Stephen Bertrand  - Jean Clair Bonnel 
 Guillaume Boppe Sandrine Cnudde -  Monique Domergue  
 Sylvie Durbec -  Michaël Glück  - Claude Hazza

10h/19h      Entrée et dégustation gratuites
Cave des Vignerons – 525, route de la Gare – 30490 Montfrin  04.66.57.53.63



mercredi 18 mai 2016

Sans lieu





Ce poème provient d'un texte précédent, écrit il y a presque dix ans de cela. A l'époque il ne collait à rien, à présent ce qui y est vu me semble mieux tenir parce que je l'ai vraiment vu. Bref, même s'il ne vaut pas beaucoup après tout, il témoigne au moins de deux choses : le temps tourne sur lui-même et le monde est petit mais nous dévore.



Les vieux murs, leurs veines pales,
dans l'eau du fleuve ceux qui tentent
de rester sur la rive,

ils s'effritent, leurs hautes demeures 
tremblent, leurs serres sur leurs têtes.

Tous ces palais,
tristes comme des maisons
et leurs cris de poussière
surplombent l'eau sale
et le sable,
mais ils regardent tout,
se meurent et dominent
comme des maisons, front baissés.

Des passants usent leurs doigts
sur des factures,
leurs poches ne voient plus rien
et se resserrent, desséchées.

D'autres se rappellent
qu'ils ont ôté leurs vêtements
pour nager vers l'usine.

Sous le néon des cabines,
collés aux combinés,
ils composent des adresses
larges comme des parcs,
vers les quatre heures du matin
inondées de soleil.

Poissons coincés dans la vase,
ils s'enlisent et cherchent
à débusquer les chemins
qui mènent aux adresses.

Rongées par l'eau, les algues,
dans la pierre de leurs visages,
de leurs lucarnes creusées,
leurs derniers feux.

Vers eux à grands flots,
leurs traits comme ceux du ciel,
sur leur front des taches bleutées,
leurs mers parcourues de précipices.

Lorsque l'écume escalade leurs oreilles,
un peu de parfum coule de leurs lèvres :
fleurs séchées, avec en fond l'alcool
des fruits murs autour de leurs bouches.

Ils n'en parlent à personne,
en bons télépathes,
mais quelque chose leur échappe,
les rouages des machines raides,
décharnées comme des marionnettes.

Gorgés de graisse et de lymphe,
leurs ventres embrassent leurs robes
détrempées de poussière,
leurs cuisses de serpents séchés,
leurs pieds en écaille 
et leur saturnisme.

Les ruelles qui jalonnent le fleuve,
les pavés qui arrachent les chaussures, 
l'humidité qui revient de l'eau,
les immeubles habillés de robes mauvaises,
la brume à odeur de souterrain,
une petite mare de confettis,
les toits qui se rejoignent presque,
s'effilochent comme des torchons
qui pendent vers le ciel.

Des bâtiments de briques rouges
doublés de rideaux noirs,
sans porte sauf une, 
au pied d'une falaise
à l'angle d'un grand terrain vague.

Dans les murs, là où ils se renfoncent,
ils appuient sur des sonnettes,
petites lunes dans des lunes plus grandes.

Par des fenêtres hantées,
doublées de rien du tout,
l'obscurité de pièces sans fonds,
sans meubles.

Leur teint de suie leur vient de leurs toitures,
à cause de la pluie elles sont si sales.
Au matin la crasse monte dans la brume
et toute la journée reste là,
à se pavaner.

Il y a par endroits le brillant du soleil
et des petits os que les animaux 
laissent derrière eux
avant de retrouver les nageurs
et remonter le fleuve,
bien tranquilles chez eux, bientôt.




mardi 17 mai 2016

Sans lieu





Dans ce véhicule il n'y a jamais
qu'un passager,
entre ses bras d'un point
à l'autre de la pierre
ses côtes,
ses terrains vagues.

Toutes les maisons noires et grises,
âgées de siècles pendus
dans l'heure,
leurs murs de bois,
leurs fenêtres
condamnées ou brisées,
à présent lézardes.

Elles marquent le bout de la rue,
un peu solitaires et pour l'horizon
la ligne terreuse
des forêts de l'Ouest.

Une seule en ce bout de rue,
une seule occupée,
feu de Saint-Elme
avant les herbes nues,
hautes cachées
dans les arbres ou noyées
comme les lampes de la route,
la nationale qu'on n'a jamais construite.

Le sable qui tient lieu de sol
ocre raie les peaux des serpents
puis la porte s'ouvre.
Son visage en face,
dans l'entrée.

A l'intérieur, plus loin, l'escalier,
entrouverte la salle à manger
et sur tout
tabac et poussière.




lundi 16 mai 2016

Topia





Avec son odeur et avec son silence,
le silence sort des murs et commence de chanter.
Silence et odeur s'en retournent dans l'air,
l'odeur s'imprègne de son odeur
et le silence les fait monter sous les toits
disparus puis se mêler au coeur du vent. 

De petites langues de feu
aux flancs ouverts des maisons,
leur parfum comme celui des fleurs
dans un vase depuis l'éternité.

Les filets pourpres et sucrés
d'un premier soir d'automne.

Mais ici, ici, le ciel va se faire dévorer
par le chagrin des immeubles. 
Déjà, là-haut, les toits se rejoignent 
et cachent les dernières fenêtres.




Sans titre





Elle prend un plaisir tant inconnu que total
à se coucher sur son ombre dans le soleil
du matin, au pied de son lit,
à manger toute seule de la poussière
étalée sur le sol de sa chambre,
à se caresser les joues pendant des heures
et des heures, un miroir devant son visage.

Ses beaux yeux noyés dans deux cercles concentriques :
un large rond noir de khôl,
un mince liseré rouge d'alcool.



samedi 14 mai 2016

Sans lieu





Les icebergs en plein soleil,
comme un serpent raide mort
à l'aplomb de l'eau
le port,
ses ombres,
bruits qui meurent
et sont là.

Des filaments d'air gris,
taches de brouillard et voiles
à qui deux garde-fous tendent les bras.

Dans le vent les statues posent
la main 
et les bandelettes de pavés.

La rivière se noie dans la pierre,
sous le ciel ouvert
les corps gras des collines,
des usines, des docks,
des bateaux qui pourrissent
dans l'estuaire du fleuve.

Malades,
leur température
est impossible à déterminer.