vendredi 28 octobre 2016

Au rivage





s’il revient ou s’en va
c’est un autre temps que le voir
une indifférence qui s’ignore
ou à elle-même s’accroche

si les heures changent elles le guident
en tous cas comme ces silhouettes
immobiles quoique de chair
et d’os dans un monde même

c’est l’immobilité qui fait peur
ou donne envie
ou attend qui l’observe
en tous cas même les regards
posés vers le large demandent
quelque chose qu’on ne sait pas

la cheville contre la cheville
sur le rivage branches douces
sans racines sinon les corps
qui de loin vers loin
sont muets mais absents
se dévisagent

un seul retient son souffle
si fort qu’il parle
aux aguets de ces bouches sourdes
de ces mains au creux des manches
ou qui caressent la pierre

nous ne reviendrons pas entend-t-il peut-être
de ce que nous voyons
que nous sommes
mais il reste de tout cœur
sans bouger avec celles
et ceux qui sur le navire
glissent leurs yeux
ou leur peau en rêve

on ne sait pas si l’heure
se montre à qui que ce soit
il n’y a aucun soleil sinon parti
mais nul n’en a peur sinon
il se peut l’embusqué
ou bien le navire s’il pense
que les heures seules peuvent le guider

s’il revient ou s’en va
c’est en un autre temps qu’il se voit
et aveugles nos mains dans nos manches
ou bien caressant l’air ce qui l’entoure
nous voudrions sur le rivage
ne rien être vraiment tout le temps




jeudi 20 octobre 2016

l’ombre qui accompagne l’ombre





 
            « De fait la ligne de contour doit s’envelopper elle-même et finir de façon à laisser deviner autre chose derrière elle et à montrer même ce qu’elle cache. » (Pline l’Ancien, Histoire naturelle)

 

l’ombre qui accompagne l’ombre
et pas l’originale
sans qui elle serait posée solitaire
tout comme elle
encore un peu plus à l’angle des choses
qu’elle ne l’est déjà

mais donc accompagnée
peut-être soulagée de l’être
ou alors en grande angoisse
mais l’originale ignore l’une ou l’autre
de ces options existentielles
elle reste à pêcher à l’angle des choses
et ne dit rien sans doute rien

penchée sur l’ombre l’ombre
qui accompagne l’ombre
parle sûrement elle on en est sûr
alors qu’il n’y a pas un bruit
ni dans le paysage ni autour
mais certaines choses vont sans dire
comme les a voulues le peintre
ou le temps l’originale seule
reste seule dans le silence
 





mercredi 19 octobre 2016

une clairière




une clairière ou bien passé
quelque frontière et le silence

car ici tout ne peut rien dire
dans ce long souffle orange
la lymphe de la forêt irrigue le temple

aux crevasses des murs
qui leur sont extérieures
les plus fortes sans doute
et les plus invisibles

sur le mur justement
qui paraît le mieux debout
car il porte haut son regard
en face de tout ce qui le regarde
une fenêtre bombée
sur son front un œil un bouclier

sous la paupière de bronze
de fonte de verre ou de peau
des ruisseaux de sang acide
coulent brûler sous le toit
dans l’ombre ocre des arbres

puis sans se voir ils font le tour
et viennent montrer au dehors
comme une aube noire et perdue 




dimanche 2 octobre 2016

animal interdit





animal interdit
animal qui court comme les hommes
au fond du bois
en surface de l’air
mais nulle part plus visible
que dans ce point aveugle

animal qui court comme les hommes
animal interdit
qui attend le retour de la foudre
pourtant immobile est l’orage
tant qu’il est partout
dans chaque angle mort du tableau
où l’air tremble en tous sens

animal interdit
animal qui court comme les hommes
tu as la même robe tachetée
mais la chasse qui est partie ce matin
passe pour toujours au loin
de ton pelage et pressée pourtant
ne s'inquiète que de rien