dimanche 27 novembre 2016

La tour peinte





La tour peinte que le temps a rendu lépreuse,
comme cela est la règle,
a éloigné tout ce qui pouvait
chercher derrière ses murs
quelque chose où s’abriter.

Ni animaux fabuleux ni êtres humains d’aventure
ne s’adossent plus à sa pierre
où un grand trou laisse voir le fond du tableau.

Avant peut-être en avait-on peur
ou du désir mais on en parlait,
comme d’une chose avec quelque chose
au dedans, même rien, même sans fond.

Avant que la maladie ne fasse remonter
le paysage sur sa peau,
comme cela est la règle
de cette maladie qui n'en est pas une.



samedi 19 novembre 2016

qui guette le pêcheur





dehors la ville qu’on rêve
l’eau prisonnière des murs
ou qui brille sous les rues

ce paysage comme dans l’œil qui se ferme
le soir se penche près d’un rideau tendu
sa joue contre la brique froide
et puis là-bas repart une voiture

au-delà des colonnes c’est un monde sans règne
où tout est possible se resserre
sur tout objet
intangible sous les pas la scène
évanouie qui voit les spectateurs
tant il y fait clair et nuit

ce qui guette le pêcheur à l’angle du tableau
c’est tout instant qui se voit
cette ville où on vit
c'est ce monde sans règne



mercredi 16 novembre 2016

lumière





son dos prend le regard
et la lumière de l’autre côté
reste se brûle et attend
d’être épuisée pour la rechercher
elle qui peut incroyablement
lui redonner la vie

majesté du bout de la chaîne
batterie aux pôles sans régimes
son regard fixe
ne prouve plus son existence
comme on le croyait primitifs
pourtant on avait peur si on passait
de l’autre côté devant  elle
sa muette superbe

les heures perlent loin de ses seins
qui font d’elle un animal de foire
de luxe froid et l’oubli
coule dans un réservoir
qui nous remonte
comme un estomac gavé d’or

elle nous survivra puisqu’on lui a survécu
jusqu’à les premiers s’oublier
mais on prie dans son dos

prends notre regard
et la lumière de l'autre côté



dimanche 13 novembre 2016

décor





une scène en partance
un théâtre décroché de terre
posé sur un mur comme au fond de l’espace

la lumière froide des spectateurs
ils ne l’entendent pas pourtant
toute ombre a été prévue
qui danse aux dos blanchis des acteurs

plus grande sur le mur là-bas
sur cette pierre bouchée qui tient lieu d’horizon
une encre peinte par personne
s’étend sans rien vouloir dire
et regarde bien en face
jusqu’à parler encore plus
que la pièce muette qui se joue immobile





vendredi 11 novembre 2016

statues





la lave comme sur un menton
le sol caresse la joue du sol
de sa joue ses mains rampent

tous dansent le ciel se resserre
dans le fond où est le cri
sinon dans quelques choses qui vacillent
qu’on ne nomme pas mais qui viennent

le balcon échappe
mais tous voient
aux portes aux fenêtres
leur terre qui remonte
marée courbée les bras tendus
la danse puis devant la danse

petits crânes penchés que leur arrive
la glaise aux larmes
ou alors automates
les dire ne leur sert ils attendent
les mains du sol
sur leurs épaules jamais sinon par le temps

sur leurs jambes déjà
la lave dure morte
qui se craquelle et sans fin
vit sans vie
comme sous des yeux
comme sur un menton