dimanche 23 juillet 2017

Poème revenu 2



 
Qu'est-ce qu'une page blanche sinon
la marche dans le givre d'une plage.
Où la tempête se dresse il reste,
petit, l'espoir de repartir.

En arrière, la ville où des adolescents
font des signes à eux-mêmes
pour perdre l'ennui
dans un piège qu'ils partagent
sans le savoir,
ce qu'ils ne sauront jamais.

C'est pourquoi l'océan s'en va,
et ses rêves de départ,
c'est pourquoi se noyer
ne prend qu'un souvenir.


 William Gedney : "Night, South Dakota", 1966

Poème revenu



 
Qu'est-ce que frères et soeurs,
le pourtour d'un appartement
qu'on a froncé dans ses murs
et la porte, que l'ombre a tant prise
qu'elle ne se voit plus.

Qu'est-ce que frères et soeurs,
la main serrée sous le lit,
dans l'armoire la joue froide
et les fenêtres pâles glissées.

Qu'est-ce que frères et soeurs,
au gré du plancher un regard,
les échardes, le plafond dans la cour
et ces rires entendus. 



Nîmes, hôtel de Paris (http://jours-apollinaires.blogspot.fr)

vendredi 30 juin 2017

Paysage du jour 28



 
la cité de bateaux et leurs quais au creux
paresseux couverts de chair de voix
sans un regard les épaules en dessous
vers le fond le peu de bruit qui s'éteint

le long de ce qui semble
une allée est en fait le silence
si voulu qui parle en pincements
et ce qu'on regarde c'est devant

le fleuve et l'éclair penaud
dans l'eau qui le rend au regard
et se poursuit vers sa fin
tout au bord des touristes pauvres gens attendent

le mot froid de redire
se lit mille fois
dans la plage chaque galet
un pas en écorche l'oeil

la porte en quels mots
ce souvenir la mange-t-il
il semble que nul n'était né
qu'elle battait déjà

les amis leurs couronnes de verre
leur air perdu leurs terres
comme leur vouloir effacé et ce peu
qui parle souffle et brûle l'oreille



 

mercredi 28 juin 2017

Paysage du jour 27



 
« Je pense que lorsqu’on est dépourvu de toutes les pièces de son armure, il y a un moment de terreur parce qu’on se sent nu devant les flèches et les glaives. Si à ce moment-là un miracle ne survient pas, on ne revient plus, c’est la fin. »
Nicolas Bouvier



au creux du nuage
des tirs de DCA
comme en vieille Europe
ou en pays enfui tout comme

le retour les mains serrées
lèvres et le rouge sur
le verre c’est un vin
qui parle dans les joues en mémoire

les bras dans les barrières
parties ce sourire au lever
sur l’instant dans une voiture
au volant se retourne l’air vide

l’ennui distrait tombe droit
de la gorge faite pierre
les yeux s’en rallongent
le sol poudroie sur les jambes

une île au tournant
doigts vitres et devant le pub
la colonie des hommes sans Asie
les nuages au canal nagent si bien

les dents creuses dans les verres
la route qui remonte aux camions
les esprits qui parlent diesel
et partent en silence vers le calme

leur existence double et triple ou seule
en fauteuil qui doit tout attendre
et serrer sans jamais le faire
une main sous la gorge et au chaud

tandis que reviennent comme d’Aran
sur des currachs des peurs de vagues
on ne croit que semblant sur l’accoudoir
à ce qui arrive et les chevilles se tordent

comme le rail sous le train
le soleil au reflet
entre murs et pierres
et grilles les phrases les pas heureux

le soir relève son panache et ses joues
lui aussi son air dans le paysage
la poussière se pose les bancs attendent
ce qui se tient dans les heures

n’est rien mais se perd autant
c’en est une main qui luit sur la table
les rouges les taillis
les veines sous le front


Photo : Ralph Eugene Meatyard

mardi 27 juin 2017

Paysage du jour 26




"Que la nuit n'égare - du phare qui tremble"
Edouard Glissant


Pour celles et ceux des coffin ships, qui sont ici. 



 
Sur la place la lisière
d’où sortent les nuits ou bien y entrent,
où les feux, les lumières,
soufflent sous le manteau des mains.

La vie a une forme courbe, c’est ainsi
que tous les soirs, en ombres
sous la fenêtre, sous le bois noir
où tout s’entend, les bruits reviennent.

Bruit après bruit le démon qui se voit
n’a jamais le même nom mais
toujours se ressemble. Le démon
emporte dans son ailleurs, à lui seul.

Dans ses pupilles comme une eau rouge,
une vacance à retrouver,  la terre et le vent
remplacés par un sang délivré
de toute peau, un sang nu.

Il parle comme un train
jamais pris, pourtant
tout autour il gronde comme si
sa gare se trouvait ici même.

Mais dans ce qu’il dit rien ne se croit,
en arrière des premiers pas se posent les derniers mots,
on voit la neige commencer de tomber
là-bas puis de moins en moins loin.

Sa voix sonne creux, si bien
que vaciller c’est l’entendre sonner
dans son cœur : son corps,
et alentour la ville comme de la chair.

Sur les côtes se resserre une veste qui se parsème
mais la poitrine bordée de pierre sait ignorer le vent :
depuis la fenêtre la rue coule dans la mer
et le cœur au creux des façades monte vers la gare.

Les pauvres arbres : il va les tuer, le vent,
mais au large du temps les avenues continuent ;
la ville, délivrée comme une sainte,
parmi le souffle déçu tend ses mains.

Et sous les volets l’ignorance du temps,
l’ombre qu’on rejette dans la cité,
sa forme blanche, de même que ses yeux,
mais encore le mur les manque, toute présence aveugle.

Là-bas les silhouettes des choses, et à jamais
ouvert le regard las de ces choses-là ;
elles ne vivent pas mais sans attendre elles voient,
ces choses avec leurs corps là-bas.

Comme sur la ville la couverture, et aux aguets
ses doigts déployés, matin comme soir
ses cris, sa bave à l’horizon. Des renards
en font le tour mais les sentir c’est se perdre.

Car l’obscurité sans nom qu’on nomme nuit, l’appeler
n’a ni méthode ni fin, le temps est fou de l’observer, de lui-même fou,
et qui interroger – sans être le temps –, et dans quels murs.
Dans la rue les animaux patinent et la rue s’enfuit.

Enfin, le silence tombe et la fenêtre sourit
comme un loup dans la neige, avec lui les chambres,
les lits, leurs pieds, leurs falaises et leurs plaines.
Un loup sait, reste là, le museau penché.

Sous les boulevards les hommes sont partis mais nul ne voit
qu’il a passé leurs vies sans porter leurs bagages,
nul ne sent le loup ni les mots sur les murs,
qui déjà, morts et vivants, ne parlent rien.

Là-haut les cris de bois cassé
comme des rennes dévorent les greniers,
leurs peaux descendent ici, leur odeur
attend le démon, à la manière d’une fleur.

Le vent s’est couché, comment savoir
ce qui est sans appel, qui est moment
sur le trottoir, invisible comme chien,
brûlant des yeux et puant de pelage,

ce qui ne bâtit rien mais entre ses dents
porte des choses à porter plus loin,
là où se ferment la rue comment
savoir cela qui dans le vent s’étend.

Sur le sol, contre le cœur, la moitié blanchie
d’un temps déchu, sur le plafond
tout le reste, la moitié c’est beaucoup dire
et partir serait traîtrise impossible.

Tous attendent, dénudés sans le savoir,
sur la plage au long de leurs coudes,
les volants des voitures et les arbres au-delà,
tous de cette ville, qui ne défilent plus et ne s’entendent pas.

La radio morte enfouit les questions,
en d’autres temps sortilèges,
mais il faut savoir le nom de tout cela, c’est lointain,
dans la cité introuvable où l’eau se fait sable.

Dans la ville endormie une bave
de sirènes roule la nuit ;
dans la ville, sans le vouloir,
une heure maritime se rapproche

pour embarquer mais c’est le tour d’enceinte
que fait la mort et l’oeil se ment, qui traverse le soir,
paupière pauvre, mange le visage,
recouvre tout, pluie en cette cité que rien ne connaît.

On cherche des maisons comme disent les murmures,
mais la rue ne répond rien, les façades indistinctes,
juste un œil désormais. La ville est basse et la mémoire
halète, et bien mieux marchent des mots gris les murailles.




lundi 19 juin 2017

Paysage du jour 25




La prison de cette ville,
paume posée sur la joue du mur,
cette longue cave fleurie.
Plus loin, dans les immeubles sur eux-mêmes
penchés, les bouteilles ouvrent leurs mains.
Elles attendent et meurent tout autant,
à moins qu'un instant s'arrête
et les prenne en lui, dure colline,
retour dans une terre qui n'est plus la leur.

Dans tout ce temps les gens font des pas
de danse, collent aux joues du mur
et ignorent les uns des autres
les poches où leurs mains parlent
la langue chaude et morte de l'immobilité.




Jim Jarmusch, "Permanent vacation"

vendredi 16 juin 2017

Paysage du jour 24




les souterrains sortis de la rue
les visages en os et qui leur parle
les femmes qui en scooters
s'accordent aux dos aux murs au vent




Paysage du jour 23




la suie rue des rigoles
ces ombres aux doigts lèvres
dans les lèvres et la salive
des mots coule et ne revient pas



samedi 10 juin 2017

Vistrenque





on prend son étendue on la pose par ici
c'est malédiction de croire que la vie se déplace
mais on n'y croit pas d'ailleurs
c'est ce qu'en dit l'Histoire


et l'Histoire par exemple c'est comme un long tunnel
alors on n'y rentre pas on préfère descendre
les pentes fatiguées qui mènent à la mer morte


enfin les environs sont vivants de moustiques
on ose en parler de tigres on les écrase de la main
rien à voir par ici malaria et survivre


on creuse un autre monde où des voyages se feront
sans aucune peur mais juste quelques mots
imprimés sur un billet et puis encore on creuse


un autre monde et depuis la nuit salée
on serre dans notre âme notre prison liberté


on prend son étendue on la pose par ici
une malédiction se partage car la vie se déplace
on y croira d'ailleurs
c'est ce qu'en dit l'Histoire





Chamane hmong

mercredi 31 mai 2017

Paysage du jour 22




"Regardez-les dans le lointain ne comprenant pas leurs destinées comme nous ne comprenons pas les nôtres."
Jack Spicer



Longue vallée, plage de feuilles. 
La colline se ferme
sur une nuque, une pierre de rêve.

Au gué qui s'élève
loin de la rivière
le vouloir des bêtes
à plumes, fusains, et la lèvre blanchie
sur quelques mots manquants et toujours entendus.

La promenade se clôt et s'enlève,
se perd, dans son dos le chemin pourtant.
Longue vallée, plage de feuilles.




mardi 30 mai 2017

Paysage du jour 21




Rivière venue de la ville,
je ne t'ai pas vue, au début.

Juste jetées en toi,
dans le silence et le noir,

les bouteilles et les empreintes digitales,
avec  elles,

de cette jeunesse dont on parle
tant qu'elle n'existe en rien,

et se fait des yeux de déesse,
au loin.




samedi 27 mai 2017

Le 23 juin, rendez-vous avec mon éditeur et néanmoins ami.


Jean de Breyne et Martina Kramer

 

Ont le plaisir de vous inviter à
la rencontre /lecture dans le jardin
En compagnie de
Guillaume Boppe, poète
et
Michel Foissier, éditeur
Et autour d’une table de livres
Un auteur et son éditeur

Le Vendredi 23 juin, de 19h à 20h30
                                                                                           Rue du moulin à vent. 84400 Rustrel
Réservation obligatoire : ollave@orange.fr et 04 90 04 97 58
Participation, 4 euros déductibles sur achat de livres
Entrée libre jusqu’à 19 ans



jeudi 25 mai 2017

Paysage du jour 20




Là où tout ne disparaît,
en façades le verre
du double vitrage contient tant de noms
qu'il est obligé de tout laver,
de se séparer, pour porter en lui,
chair dans un manteau,
des existences et des éclats
qui leur viennent et qu'elles abandonnent.

Dans la rue l'ombre vient
et monte, main ouverte.
Là où tout ne disparaît
le verre contient tant de noms.


David Hepher, Camberwell nocturne, 1984


Paysage du jour 19




Les taches le long des bras
sont la fenêtre ouverte la nuit
pour laisser le froid entrer.
Le matin le soleil brûle la table
où les coudes se sont posés
pour partir sans y penser,
pour revenir, durs et tièdes.

Les bras sur la table devraient rester là
et se rappeler la nuit froide,
muette et sans taches,
mais ils ne le peuvent pas :
ils restent là, oui, ailleurs.


Mark Rothko, Untitled, 1964

samedi 20 mai 2017

Paysage du jour 18




Les ventaux de la ville,
sur le versant de l'air froid,
dans le vallon de ronces
le manteau sans corps de la forme,
qui est là, ne guette pas
mais sans voir, regarde.

De quel vieux quartier s'agit-il,
ou dans quelle chair alourdie
se prononcent les pas,
comme un humus au refus de parler
sous les arcs échancrés de bois sombre,
ce qui pousse son haleine repart de loin.

Vraiment on ne mérite pas grand-chose
de ces souffles redits,
alors qu'on passe sans la deviner la porte,
les murs s'allongent et ce qui peut dedans
tenir apparence et se servir de rigueur
ne porte pas plus de nom que d'ombre
et survole tout à l'intérieur des bruits.

Sans même fuir pouvoir on appréhende
l'armure de la ville et dans ses veines
l'encombrant réseau logé dans la chaleur,
et ce jardin dans ce cloître
a beau battre, il ne parle pas
tandis qu'au-dehors ne se sent
rien, ni ce qui passe ni disparait.
On regarde, on nous regarde,
il se peut, mais à genoux, à hauteur d'herbe,
il n'y a qu'à suivre la carapace
de cette peau artificielle dont tout est fait
pour espérer, continuer, nul savoir.





mardi 4 avril 2017

Paysage du jour 17





L’ombre est partout en surface,
partout où chacun est là,
où nul dans la lumière ne se cache.

C’est pour cela que certains descendent
là où la lumière est figée dans les murs,
où à part les murs le chemin est tout noir,
ce qui permet de parler sans visage
ou de ne plus souffler mot
et de sentir enfin l’haleine sèche du temps
creuser toujours plus entre les pierres luisantes
cet espace calme où on n'a plus rien à se dire.





Cinémiam !





Le 11 avril,
le 23 mai,
le 13 juin,
Marjory Salles et moi-même, nous serons au Zo, à Nîmes, pour vous présenter trois films qui nous font trembler. Et nous vous y attendrons.


Les détails, par ici :
http://www.zoanima.fr/event/details/cinemiam-marion-chabert-3/













Juryste !



J'ai l'honneur d'être membre du jury du prix Bernard Vargaftig.


Ci-dessous l'appel à texte.

A vos plumes, comme on disait au XXème siècle !



Prix Bernard Vargaftig,

Appel à texte.

L’Association Prix Bernard Vargaftig doit son nom au poète ayant tissé une des oeuvres les plus fortes de ces dernières décennies et qui a toujours eu à coeur d’« offrir des pages à de jeunes poètes qui ont tellement de mal à publier et si peu de lieu pour le faire».

Le Prix Bernard Vargaftig a pour objectif de faire découvrir la poésie d’un auteur n’ayant pas été publié en tant que poète (hors revue et ouvrage collectif). Il sera décerné tous les deux ans et donnera lieu à la publication du manuscrit lauréat chez un éditeur, les éditions Jacques Brémond pour cette première édition.

Le Prix Bernard Vargaftig se veut donc à la fois un hommage à un poète cher à beaucoup d’entre nous et un lieu de découverte d’une jeune écriture, pour que le poème « continue à faire exploser vers l’avenir la charge de mémoire et de présent », selon les mots de Bernard Vargaftig luimême.


Pour concourir vous devez envoyer avant le 15 juin 2017 un manuscrit en format papier et format numérique :

- par la poste : en 3 exemplaires format A4, de 40 pages numérotées. Le manuscrit sera anonyme (aucune mention de l’auteur sur les pages du manuscrit), accompagné d’une feuille volante mentionnant le nom, l’adresse, le numéro de téléphone et le mail de l’auteur, ainsi qu’une courte notice biographique et éventuellement des références de pages web.

- par mail : en pièce jointe, format pdf, accompagnée des informations administratives et de la notice biographique de l’auteur.



Les documents sont à envoyer aux adresses suivantes :

- postale : Association Prix Bernard Vargaftig, BP 31014, 30201 Bagnols-sur-Cèze.

- mail : prixvargaftig@gmail.com




Tout envoi hors délai ou ne respectant pas l’une des consignes ne sera pas pris en compte.

Le Prix sera décerné au mois de décembre 2017.



Les membres du jury final sont :
- Guillaume Boppe (poète)
- Michaël Glück (poète)
- Cédric Le Penven (poète)
- Bruno Michel (responsable de médiathèque)
- Anne Morin (lectrice de poésie)
- Claire Poulain Cuénot (poète et éditrice)
- Hélène Sanguinetti (poète)
- Anne-Laure Tristant (libraire)
- Franck Villain (universitaire)


Pour tout renseignement vous pouvez nous joindre à prixvargaftig@gmail.com





L’Association Prix Bernard Vargaftig, mars 2017.

Soutenez l’association : adhésion 10, chèque libellé à : Association Prix Bernard Vargaftig.

mercredi 22 mars 2017

Paysage du jour 16





Comme des serpents raides,
en plein soleil les icebergs
étirés, sans souffle et leurs paupières
qui tombent au ras de l’eau.

Droit au-dessus d’eux : le port,
son ombre et au-dedans
ces bruits qui meurent et sont là.

Des filaments d’air gris,
de brouillard et de voiles,
à qui des rangées de statues tendent les bras
pour les déposer, bandelettes, sur les pavés.

Le fleuve se noie dans les ponts,
leurs pieds qui tiennent
les corps gras des hangars et des docks.

Quant aux bateaux qui pourrissent là-bas,
dans l’estuaire et sous la rouille,
leur température est impossible à déterminer.

Droit au-dessus d’eux : le port,
son ombre et au-dedans.



George Ault : Sullivan Street, Abstraction