jeudi 23 novembre 2017

Paysage du jour 44



 
ville à deux étages                    les voitures glissent                    la pente éclairée

mots par les vitres                    ces cris murmures de loin           le retour sur la terrasse

sous le sol une main                 ce qui creuse ne parle                 on attend la frontière

dans une ville il n’y a               quoi bouches fermées                le nom du premier étang

perdu dans une voiture             le passager tente                        de sortir le conducteur

la boue semble tout résoudre    les mots essoufflés                   mon cœur a parlé dit l’étang

l’autre n’a pas peur                   ses mots viendront                     les voitures tournent

le périphérique n’est pas loin    et les sorties multiples               infinies en quelque sorte




Photo : Ambroise Tézenas
 

dimanche 19 novembre 2017

Paysage du jour 43




Sur la table les choses
éparses, repas fini,
le soir par les côtés
dans la cuisine.

La porte se regarde,
entend un chant.

Le jardin ne se voit plus,
sous le haut plafond
les manteaux à reprendre.

Des pas comme on peut,
de toutes façons descendre.
Escalier comme image,
toucher, ne pas croire.

Dans quelle maison la force,
rumeurs, voix,

une rue en bas,
des milliers par ici.

Loin des étages
silences, ombres,
les voitures,
chaleur et tôle.

Endormis aux volants,
arrêtés au milieu,
muets fuyants.

Une porte à passer,
essence restée là, brume
au sol flou brille.

Dans les poches
les poitrines creusées,
la marche.

Sur la  table les choses
éparses, repas fini.



Image : Abbas Kiarostami

lundi 13 novembre 2017

Paysage du jour 42




Sur la ligne du trottoir
froissé de battements
les jambes frissonnent

le mur encage l'université
son jardin au soir

au soir vivant au-dehors
de ses clignotements ces retours
dans le calme des paupières
la chaleur des empreintes

mais nul ne s'arrête la promenade est sans fin
sur la ligne toutes ces lignes qui bougent



 Luc Tuymans

Paysage du jour 41




A la porte du musée monte une colline
jusque là venue par-dessous les autoroutes

l'ombre est lointaine
le soleil parle
il faut se porter vers la maison
dans le soir la vie dans le sang


Par le balcon la ville noire
du jour passé
fait un autre jour




mardi 7 novembre 2017

Paysage du jour 40



 
rien à envier                                        les heures dans leurs gorges

rien à revoir                                        tomber l’oiseau sait le faire

rien à tuer                                           puis contre la peau serrer

rien à redire                                         les mots le sable mouillé

rien à sourire                                       n’a pas de noms qu’une seconde

rien à revendre                                    la tristesse porte belle

rien à prendre                                      les vitrines crissent

rien à revivre                                       de papier cristal



Oeuvre : Aiko Tezuka
 

lundi 6 novembre 2017

Paysage du jour 39



 
on dit que sur ce boulevard
le mur de l’université
se colle à la joue

quand le tramway se retourne
et voit des gants
des gens sortir
des magasins  sur
le trottoir droit
devant eux sans rien
à parler que cette pensée

qui est à personne
ne s’appelle pas

il faut alors cet abri de pierre
pour le visage
et ce sang de poussière
qui y coule tous les travaux
de la ville en même temps commencent

nul n’existe plus que les machines
et les hommes qui creusent la terre
plus fort que toute avenue
et cet avenir qui ment
langue pendante




Federico Garcia Lorca
 

jeudi 26 octobre 2017

Paysage du jour 38



 
derrière les vitraux la voie ferrée                     se tourne vers le jour

mais ils ne se voient pas                                 depuis l’appartement
les rails pourtant                                              parenthèse

ils portent la rosée                                           les chambres et puis les couloirs
morte sous forme de taches               

la poussière noire la même                             se cacher toujours
dans l’espace et le temps                   

de ce côté les pas sous les yeux                      en ressortir
qui cherchent sur les murs

par moments s’empare                                

de qui à l’intérieur                                          tout le reste absent
ne voudrait pas de descendre

cesser ne jamais                                              mais au-dehors peut-être
rester ni partir



Notes de travail



 
Et il y a peut-être à voir du côté de.
De ce qui se passe devant les yeux, qui est de l’ordre d’un hiver sans limites et tout autant maigre, sinueux, à l’image de ce vent qui – raide, discret et désagréable comme un fantôme ou un bourgeois – traverse les rues, s’écorche aux murs. Et n’est pas grand-chose tout en occupant l’esprit, depuis le réveil au creux du lit jusqu’à la fin du jour où on pose ses mains sur ses paupières comme pour s’en vêtir. 


 

Aarhus


mercredi 25 octobre 2017

Notes de travail






Cela ne porte pas plus d’images que cela.
C’est un détour qui ne parle pas moins que le chemin le plus court.
Ni paroles ni couleurs, cependant une suite de rues.
De tournants, de murs, de reflets ou d’aplats de lumière sur des angles de façades ou des bandes d’asphalte.

Des bandes d’asphalte car le regard ne peut saisir l’ensemble des chaussées.
Le regard n’est pas une carte qu’on déplie pour parcourir des yeux tout ce qu’on a envie d’explorer.

Tout ce qu’on a envie d’explorer : là-dedans on est perdu.
Parce que la carte existe : sous les yeux elle s’éclaire comme devant des phares, floue, éblouissante et rétrécie.
Les noms de lieux qu’elle nous souffle sont trop faiblement murmurés.
Et les noms de personnes en sont par définition absents.

Les noms de personnes en sont par définition absents mais il y a des formes humaines et des présences, tout de même, et puis des visages dont les expressions sont assez intrigantes pour qu’on se les rappelle sans pouvoir les décrire. Tout cela a à voir avec une espèce de vue fixée mais qui n’a pas de fin et qui bouge sans cesse sans qu’on puisse vraiment dire de quelle manière. 



 David Hepher : Stockwell Flats

lundi 9 octobre 2017

Paysage du jour 37

 


la main sur la ville                               posée le dôme

le nuage sur la terre                            depuis les pays

où se fait l’inexorable                         tandis que marche

ou du moins se laisse tirer                  devant lui

ou du moins quelque part                   dans l’ennui

les muscles noirs des souvenirs          cet être passager

le long traîneau sur ou sous                ce regard oblique

terre se glisse                                     
dans ses propres lumières                   et tout le reste de même



La Senne, sous Bruxelles. Photo : Geoffrey Ferroni 

Paysage du jour 36

 

 
passer devant chez soi                        si chez soi s’oublie
                                                           son nom

mais toujours dans l’escalier              trop ancien pour un ascenseur

chez soi                                              dans ces marches
ne s’oublie pas                                   habite la ville

mais n’a pas l’existence                     une deux ainsi de suite
suffisante

pour en sortir et vivre                          les mains sur les murs
                                                           dans l’ombre les soirs


c’est ainsi qu’elle ne meurt pas          quel pouvoir quel
                                                           soupir travaille

par les années la reconnaissance         monte ou descend peu
                                                           importe

est irréfutable                                      on reste là ce qui reste là
seules bêtise et mort

l’emportent dans leurs ascenseurs      est imprévisible sans limites
                                                             et inévitable


 

samedi 23 septembre 2017

Paysage du jour 35

 

 
la rue de l’ennui penché                     le plaisir à en sortir

les yeux fixés nulle part                     pour de faux c’est toujours

tout vacille                                          il y a comme une rivière

si doucement mais sûr                        de celles qu’on ne voit pas

les jours dans la rue                            écoulés des parfums

il n’y a que revoir                              dont plus rien ne passe

et dire des lèvres                                ou ne plus dire au silence

par la force des choses                       de venir il est là

le long du périphérique                      tout continue de parler

et le soir qui ne pense pas                  allume ses cigarettes

de loin                                                en loin




Phnom Penh, le White Building, par Jérémie Lusseau
 

jeudi 21 septembre 2017

La vie errante

Quelques rendez-vous dans les semaines à venir :



Jim Jarmusch, The Limits of Control

- le 12 octobre à Nîmes, pour une performance poétique en compagnie de Pascal Deleuze
http://salondemusique.synradio.fr/2017/09/11/bonjour-tout-le-monde/


- le 15 octobre à Sault (Vaucluse), dans le cadre des rencontres Figues (programme prochainement mis à jour), invité par Danièle Faugeras et Michel Foissier
http://legrandsault.com/vnements//rencontre-figues-2017-4me-rencontre


- les 2 et 3 novembre à Aarhus (Danemark), en compagnie de Sandrine Cnudde, entre autres à la Maison de la littérature
http://siteslc.dk/guillaume-boppe-sandrine-cnudde/

samedi 9 septembre 2017

Paysage du jour 34

 

 
le tour de l’étang                                 des années ce retour
                                                            plus tard

son approche lorsque                          sans arrêt reconnu tant
le soir              

passe en lui-même                              que rien ne peut vivre de
                                                            son inconnu

pour prendre                                       qu’un souvenir un
quelque part                                        tas d’images
                                                             
ce rendez-vous                                    qui s’écroule dans
qui pour toujours                                lequel s’allonge

lui tiendra chaud                                et cherche l’ombre allongée

pour se dire y revenir                         nage regarde sans respirer

sans autre repart                                 tout est ouvert dans
                                                            l’obscurité

de quoi d’autre possible                     de quel droit ambigu
revient                                                 ce qui clôt



David Hepher, 1974

jeudi 7 septembre 2017

Paysage du jour 33




à cet étage on se confond                    la cheminée des siècles
                                                            à ses pieds la vodka

en-dessous la ville                              si peu mais elle arrive
ne l'attend pas                                     elle descend ses pas

dans la cage d'escalier                        au milieu du boulevard
et la rue                                               le long du fleuve

s'enfuient dans l'eau                            cette eau en tout noyée
des lumières                                        de formes de chaleur

de cris de mots                                    ses pas ne s'arrêtent pas

pour autant il y a quelque part            le bruit incessant

rythmé deux jambes                            mécanique vie bras
                                                             autour

la cigarette la bouteille                        derrière le rideau ouvert
les lèvres sèches

ce rien insipide aux années                 ce qui ne regarde pas
                                                            qui garde sa forme d'à présent

on est revenu là ou là                          un autre jour on ne sait pas
haut ou bas

rien ne se voit plus                              le présent mort pour cela




lundi 28 août 2017

Paysage du jour 32




le chemin vers le refuge
la caillasse qui s'éclaire
au rythme des pas le gravier
des haleines retenues poitrines
et regards tout se tend
cherche un caillot de mémoire
pour dans les jambes l'oubli
devant chacun la colline et le dos
qui se dressent et retombent
quel est ce bateau dans la rosée
de ce qu'il en reste les arbres
les mains sur les oreilles certains avancent



Andreï Tarkovski, Le Miroir

dimanche 27 août 2017

Paysage du jour 31



 
Au bout de la faculté
les murs se resserrent
et disparaissent dans le dos
comme un visage ou au moins un regard

qui marche ne se retournera plus
d’entrer dans le bois il s’agit à présent
d’y porter ses bras en avant

vies dans la ville engrangées
dans quelles feuilles sont écrasées

On parle souvent de cet enfant perdu
que la forêt a mis dans ses cornes,
tout avalé sans avoir vécu

peu connaissant qui pourtant avait dit
qu’au creux de la ville il n’y avait
rien à voir au bout de la faculté
plus précisément



Oeuvre de Stéphane Mandelbaum

vendredi 25 août 2017

Paysage du jour 30




La lampe bouge comme une plante
Le plafond rapetisse beaucoup
      ces derniers temps
il n'y a pas de jardin
      là-bas un type
tape sur sa voiture au bout
      d'un moment rien
ne se passe les disques
      et la platine à côté
les écouter c'est du passé
les écouter vraiment
      les yeux dans les sillons
pour voir ailleurs c'était l'évidence
      même c'est une formule
oubliée qui ne fait pas le poids
Tant de choses à présent
      qui ne voient pas
le souffle manque et on est introuvables
dans la jungle comme morts
      statues entre les arbres
La lampe bouge ou ne bouge plus d'ailleurs
Le plafond tout petit envahit dehors
      avec toutes sortes de lumières
pendues aux murs il faudrait les éteindre
et s'asseoir en dessous
      ne plus rien être mais
rien ne se passe comme ça et tout reste allumé
      Le plafond tout en lignes
porte la lampe comme un joyau




Oeuvre : Berlinde de Bruyckere

mercredi 9 août 2017

Paysage du jour 29







A Yasujiro Ozu


« … they will be met by fire, fury and, frankly, power the likes of which this world has never seen before.»
Donald Trump



puis revient vouloir
ce qu’en un mot met sur l’épaule
le long manteau de voiles
ce navire qui ne voit rien

et avance proue penchée
tout océan se resserre

une larme tombe de la tasse
le vieil homme regarde
et nous le regardons



 

mardi 8 août 2017

Poème revenu 4




Pour porter ces années il a fallu des cous
pas tous misérables et pour certains sous la lame
capables de saigner en regardant là-bas
la marmaille qui brille et joue et les pluies de juillet
 
Mais ces années sont tombées sur la maison d'arrêt
sur le dos de la rue s'étend un corps nu
c'est un monde étrange qui entre par les portes
et les maisons s'affolent à voir cette gorge rouge

A mesure qu'ils reviennent les géants portent des noms
qui ne sont plus les mêmes et restent à découvrir
ce que les sourires cachent qui n'existe sans doute
que dans des mots mal lus et des songes de spectres
 
Les propagandes immortelles comme au cinéma
parcourent la terre et s'en viennent pleurer
sur les épaules des jours les désœuvrés en rêvent
et puis on s'en revient au voyage sans voir
 
Dans la prison presque nue des pantins d'une pièce
ne peuvent pas bouger car leur fin est obscène
mais dans leur vie fausse ils ne voient pas passer 
les touristes et l'ennui et le sang qui circule




 Maison centrale, Hanoï

lundi 31 juillet 2017

Poème revenu 3




 
Une enfance où nul n'est coupable
y courir pour aucunes retrouvailles
cassent les ongles et les dents plus tard
on leur dit tue et ils prennent leurs pelles

Dans le salon le grand écran gronde enfin
à force de murmures vit un froid soupir
l'haleine du village et le squame des vieux


Frère ancêtre pourquoi cette buée
dans ta peau il fait si chaud
qu'y fouiller c'est l'enfer
 
Je suis né dans un monde où la peur était grise
la neige bureaucrate et le froid qui fait deux
ce monde ne meurt jamais accroupi comme un rat 
il attendra malin sous les palmiers les truelles
 
et ce peuple nouveau à jeter sous la terre
ne lira plus de livres car c'est travail mauvais
 
de voir une autre vie sur la peau tandis que
les os savent la quiétude le pays d'où l'on sort



Photographie d'un personnage figurant dans "L'Image manquante", film de Rithy Panh
par Laurence Leblanc

dimanche 23 juillet 2017

Poème revenu 2



 
Qu'est-ce qu'une page blanche sinon
la marche dans le givre d'une plage.
Où la tempête se dresse il reste,
petit, l'espoir de repartir.

En arrière, la ville où des adolescents
font des signes à eux-mêmes
pour perdre l'ennui
dans un piège qu'ils partagent
sans le savoir,
ce qu'ils ne sauront jamais.

C'est pourquoi l'océan s'en va,
et ses rêves de départ,
c'est pourquoi se noyer
ne prend qu'un souvenir.


 William Gedney : "Night, South Dakota", 1966

Poème revenu



 
Qu'est-ce que frères et soeurs,
le pourtour d'un appartement
qu'on a froncé dans ses murs
et la porte, que l'ombre a tant prise
qu'elle ne se voit plus.

Qu'est-ce que frères et soeurs,
la main serrée sous le lit,
dans l'armoire la joue froide
et les fenêtres pâles glissées.

Qu'est-ce que frères et soeurs,
au gré du plancher un regard,
les échardes, le plafond dans la cour
et ces rires entendus. 



Nîmes, hôtel de Paris (http://jours-apollinaires.blogspot.fr)