mercredi 28 juin 2017

Paysage du jour 27



 
« Je pense que lorsqu’on est dépourvu de toutes les pièces de son armure, il y a un moment de terreur parce qu’on se sent nu devant les flèches et les glaives. Si à ce moment-là un miracle ne survient pas, on ne revient plus, c’est la fin. »
Nicolas Bouvier



au creux du nuage
des tirs de DCA
comme en vieille Europe
ou en pays enfui tout comme

le retour les mains serrées
lèvres et le rouge sur
le verre c’est un vin
qui parle dans les joues en mémoire

les bras dans les barrières
parties ce sourire au lever
sur l’instant dans une voiture
au volant se retourne l’air vide

l’ennui distrait tombe droit
de la gorge faite pierre
les yeux s’en rallongent
le sol poudroie sur les jambes

une île au tournant
doigts vitres et devant le pub
la colonie des hommes sans Asie
les nuages au canal nagent si bien

les dents creuses dans les verres
la route qui remonte aux camions
les esprits qui parlent diesel
et partent en silence vers le calme

leur existence double et triple ou seule
en fauteuil qui doit tout attendre
et serrer sans jamais le faire
une main sous la gorge et au chaud

tandis que reviennent comme d’Aran
sur des currachs des peurs de vagues
on ne croit que semblant sur l’accoudoir
à ce qui arrive et les chevilles se tordent

comme le rail sous le train
le soleil au reflet
entre murs et pierres
et grilles les phrases les pas heureux

le soir relève son panache et ses joues
lui aussi son air dans le paysage
la poussière se pose les bancs attendent
ce qui se tient dans les heures

n’est rien mais se perd autant
c’en est une main qui luit sur la table
les rouges les taillis
les veines sous le front


Photo : Ralph Eugene Meatyard

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