lundi 31 juillet 2017

Poème revenu 3




 
Une enfance où nul n'est coupable
y courir pour aucunes retrouvailles
cassent les ongles et les dents plus tard
on leur dit tue et ils prennent leurs pelles

Dans le salon le grand écran gronde enfin
à force de murmures vit un froid soupir
l'haleine du village et le squame des vieux


Frère ancêtre pourquoi cette buée
dans ta peau il fait si chaud
qu'y fouiller c'est l'enfer
 
Je suis né dans un monde où la peur était grise
la neige bureaucrate et le froid qui fait deux
ce monde ne meurt jamais accroupi comme un rat 
il attendra malin sous les palmiers les truelles
 
et ce peuple nouveau à jeter sous la terre
ne lira plus de livres car c'est travail mauvais
 
de voir une autre vie sur la peau tandis que
les os savent la quiétude le pays d'où l'on sort



Photographie d'un personnage figurant dans "L'Image manquante", film de Rithy Panh
par Laurence Leblanc

dimanche 23 juillet 2017

Poème revenu 2



 
Qu'est-ce qu'une page blanche sinon
la marche dans le givre d'une plage.
Où la tempête se dresse il reste,
petit, l'espoir de repartir.

En arrière, la ville où des adolescents
font des signes à eux-mêmes
pour perdre l'ennui
dans un piège qu'ils partagent
sans le savoir,
ce qu'ils ne sauront jamais.

C'est pourquoi l'océan s'en va,
et ses rêves de départ,
c'est pourquoi se noyer
ne prend qu'un souvenir.


 William Gedney : "Night, South Dakota", 1966

Poème revenu



 
Qu'est-ce que frères et soeurs,
le pourtour d'un appartement
qu'on a froncé dans ses murs
et la porte, que l'ombre a tant prise
qu'elle ne se voit plus.

Qu'est-ce que frères et soeurs,
la main serrée sous le lit,
dans l'armoire la joue froide
et les fenêtres pâles glissées.

Qu'est-ce que frères et soeurs,
au gré du plancher un regard,
les échardes, le plafond dans la cour
et ces rires entendus. 



Nîmes, hôtel de Paris (http://jours-apollinaires.blogspot.fr)