lundi 28 août 2017

Paysage du jour 32




le chemin vers le refuge
la caillasse qui s'éclaire
au rythme des pas le gravier
des haleines retenues poitrines
et regards tout se tend
cherche un caillot de mémoire
pour dans les jambes l'oubli
devant chacun la colline et le dos
qui se dressent et retombent
quel est ce bateau dans la rosée
de ce qu'il en reste les arbres
les mains sur les oreilles certains avancent



Andreï Tarkovski, Le Miroir

dimanche 27 août 2017

Paysage du jour 31



 
Au bout de la faculté
les murs se resserrent
et disparaissent dans le dos
comme un visage ou au moins un regard

qui marche ne se retournera plus
d’entrer dans le bois il s’agit à présent
d’y porter ses bras en avant

vies dans la ville engrangées
dans quelles feuilles sont écrasées

On parle souvent de cet enfant perdu
que la forêt a mis dans ses cornes,
tout avalé sans avoir vécu

peu connaissant qui pourtant avait dit
qu’au creux de la ville il n’y avait
rien à voir au bout de la faculté
plus précisément



Oeuvre de Stéphane Mandelbaum

vendredi 25 août 2017

Paysage du jour 30




La lampe bouge comme une plante
Le plafond rapetisse beaucoup
      ces derniers temps
il n'y a pas de jardin
      là-bas un type
tape sur sa voiture au bout
      d'un moment rien
ne se passe les disques
      et la platine à côté
les écouter c'est du passé
les écouter vraiment
      les yeux dans les sillons
pour voir ailleurs c'était l'évidence
      même c'est une formule
oubliée qui ne fait pas le poids
Tant de choses à présent
      qui ne voient pas
le souffle manque et on est introuvables
dans la jungle comme morts
      statues entre les arbres
La lampe bouge ou ne bouge plus d'ailleurs
Le plafond tout petit envahit dehors
      avec toutes sortes de lumières
pendues aux murs il faudrait les éteindre
et s'asseoir en dessous
      ne plus rien être mais
rien ne se passe comme ça et tout reste allumé
      Le plafond tout en lignes
porte la lampe comme un joyau




Oeuvre : Berlinde de Bruyckere

mercredi 9 août 2017

Paysage du jour 29







A Yasujiro Ozu


« … they will be met by fire, fury and, frankly, power the likes of which this world has never seen before.»
Donald Trump



puis revient vouloir
ce qu’en un mot met sur l’épaule
le long manteau de voiles
ce navire qui ne voit rien

et avance proue penchée
tout océan se resserre

une larme tombe de la tasse
le vieil homme regarde
et nous le regardons



 

mardi 8 août 2017

Poème revenu 4




Pour porter ces années il a fallu des cous
pas tous misérables et pour certains sous la lame
capables de saigner en regardant là-bas
la marmaille qui brille et joue et les pluies de juillet
 
Mais ces années sont tombées sur la maison d'arrêt
sur le dos de la rue s'étend un corps nu
c'est un monde étrange qui entre par les portes
et les maisons s'affolent à voir cette gorge rouge

A mesure qu'ils reviennent les géants portent des noms
qui ne sont plus les mêmes et restent à découvrir
ce que les sourires cachent qui n'existe sans doute
que dans des mots mal lus et des songes de spectres
 
Les propagandes immortelles comme au cinéma
parcourent la terre et s'en viennent pleurer
sur les épaules des jours les désœuvrés en rêvent
et puis on s'en revient au voyage sans voir
 
Dans la prison presque nue des pantins d'une pièce
ne peuvent pas bouger car leur fin est obscène
mais dans leur vie fausse ils ne voient pas passer 
les touristes et l'ennui et le sang qui circule




 Maison centrale, Hanoï