jeudi 26 octobre 2017

Paysage du jour 38



 
derrière les vitraux la voie ferrée                     se tourne vers le jour

mais ils ne se voient pas                                 depuis l’appartement
les rails pourtant                                              parenthèse

ils portent la rosée                                           les chambres et puis les couloirs
morte sous forme de taches               

la poussière noire la même                             se cacher toujours
dans l’espace et le temps                   

de ce côté les pas sous les yeux                      en ressortir
qui cherchent sur les murs

par moments s’empare                                

de qui à l’intérieur                                          tout le reste absent
ne voudrait pas de descendre

cesser ne jamais                                              mais au-dehors peut-être
rester ni partir



Notes de travail



 
Et il y a peut-être à voir du côté de.
De ce qui se passe devant les yeux, qui est de l’ordre d’un hiver sans limites et tout autant maigre, sinueux, à l’image de ce vent qui – raide, discret et désagréable comme un fantôme ou un bourgeois – traverse les rues, s’écorche aux murs. Et n’est pas grand-chose tout en occupant l’esprit, depuis le réveil au creux du lit jusqu’à la fin du jour où on pose ses mains sur ses paupières comme pour s’en vêtir. 


 

Aarhus


mercredi 25 octobre 2017

Notes de travail






Cela ne porte pas plus d’images que cela.
C’est un détour qui ne parle pas moins que le chemin le plus court.
Ni paroles ni couleurs, cependant une suite de rues.
De tournants, de murs, de reflets ou d’aplats de lumière sur des angles de façades ou des bandes d’asphalte.

Des bandes d’asphalte car le regard ne peut saisir l’ensemble des chaussées.
Le regard n’est pas une carte qu’on déplie pour parcourir des yeux tout ce qu’on a envie d’explorer.

Tout ce qu’on a envie d’explorer : là-dedans on est perdu.
Parce que la carte existe : sous les yeux elle s’éclaire comme devant des phares, floue, éblouissante et rétrécie.
Les noms de lieux qu’elle nous souffle sont trop faiblement murmurés.
Et les noms de personnes en sont par définition absents.

Les noms de personnes en sont par définition absents mais il y a des formes humaines et des présences, tout de même, et puis des visages dont les expressions sont assez intrigantes pour qu’on se les rappelle sans pouvoir les décrire. Tout cela a à voir avec une espèce de vue fixée mais qui n’a pas de fin et qui bouge sans cesse sans qu’on puisse vraiment dire de quelle manière. 



 David Hepher : Stockwell Flats

lundi 9 octobre 2017

Paysage du jour 37

 


la main sur la ville                               posée le dôme

le nuage sur la terre                            depuis les pays

où se fait l’inexorable                         tandis que marche

ou du moins se laisse tirer                  devant lui

ou du moins quelque part                   dans l’ennui

les muscles noirs des souvenirs          cet être passager

le long traîneau sur ou sous                ce regard oblique

terre se glisse                                     
dans ses propres lumières                   et tout le reste de même



La Senne, sous Bruxelles. Photo : Geoffrey Ferroni 

Paysage du jour 36

 

 
passer devant chez soi                        si chez soi s’oublie
                                                           son nom

mais toujours dans l’escalier              trop ancien pour un ascenseur

chez soi                                              dans ces marches
ne s’oublie pas                                   habite la ville

mais n’a pas l’existence                     une deux ainsi de suite
suffisante

pour en sortir et vivre                          les mains sur les murs
                                                           dans l’ombre les soirs


c’est ainsi qu’elle ne meurt pas          quel pouvoir quel
                                                           soupir travaille

par les années la reconnaissance         monte ou descend peu
                                                           importe

est irréfutable                                      on reste là ce qui reste là
seules bêtise et mort

l’emportent dans leurs ascenseurs      est imprévisible sans limites
                                                             et inévitable