mardi 12 décembre 2017

Quatre poèmes pour la nuit, l'avenue de la Couronne




1-
Si les mains jointes des lumières regardent en-bas
les angles des maisons, sans sourires et sans mots,
le goudron des jardins, les yeux noirs de l'école,
plus loin le drap où se cacher peut-être,
c'est que les mains jointes soufflent sans bruit vers qui passe.

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2-
Si les phares ne tournent pas en longeant les façades,
les boutiques fermées où regardent les visages,
les trottoirs et les graines de pluie qui brillent et les mangent,
les animaux cachés et les gens qui se mêlent,
c'est que les phares vont au bout et marchent sans rien dire.

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3-
Si le retour au jardin ne se fera que demain,
les voix dans les poches et les doigts sur les tempes,
un pas après l'autre sans en voir davantage,
que les allées qui se forment si on regarde bien,
c'est que le retour au jardin appartient au soleil, petit et seul.

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4-
Si l'avenue se porte bien au-delà
de la maison qui attend, ses mains sur ses genoux,
des escaliers, de leur poussière, de la rambarde qui tombe,
des voisins qui vont et viennent comme dans un labyrinthe,
c'est que l'avenue change de nom, là-bas, et qu'elle ne le sait pas.





lundi 11 décembre 2017

Quatre poèmes aux angles de la Porte de Hal




1-
Les passants s'accrochent au vertige
ou l'oublient en creusant la foule,
celle qui à travers eux regarde la ville.
De chaque côté des chevaux
ou des barques tirés sous les murs.

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2-
La pierre noire au-delà de la gare,
déjà cadeau au socle de la ville,
où les bras se déchirent à la poussière
des murs tombés, de ceux qui observent
un ciel blanc comme aveugle et sans fond.

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3-
Les souterrains qui s'imaginent peut-être,
de quel bruit résonne ce qui y passe,
les poches gonflées par toutes les pluies venant,
les orages d'acier tant que les cernes bleus de l'ennui,
tout tourne dans l'écrou de cette porte qui descend.

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4-
Le retour sans allant vers chez-soi,
les portes vitrées où colle une vapeur
double, triple, solitaire ou à l'infini :
il y a dans ces murs tant d'eau froide et d'haleines.
La place, au bout, et ses cafés, pour que dans la lumière le jour finisse.




mercredi 6 décembre 2017

Notes Ozu 1




Il y a ce qui insiste à chaque retour,
les bruits du port en contrebas,
les regards portés de profil
vers ce qui n'est pas autre chose
que l'air transparent vide et la limite
de l'image et la limite tout court.

Les lignes partent toutes
dans des directions différentes
mais elles se retrouvent toutes
les unes avec les autres
parce qu'il y a la limite dans l'image.
Au-dehors c'est autre chose, ce n'est pas
ce dont parlent ceux qui parlent parce qu'ils sont là.




 Jasujirô Ozu, "Voyage à Tokyo"