mercredi 10 octobre 2018

Quatre nouveaux quatrains-propagande





« (…) et leurs anges pleureront sur leur destruction ; et leurs démons se lamenteront sur leur mort. »
L’Hypostase des archontes

 

Rejette loin de toi la pensée aveugle !
Rejette loin de la pensée, toi aveugle !
Aveugle loin de la pensée, toi rejeté !
Aveugle toi du rejet loin pensé !

*

Piétine la mort qui vient des autorités !
Viens de la mort qui piétine les autorités !
Viens de l’autorité qui piétine les morts !
Meurs des piétinements qui viennent de l’autorité !

*

Monte vers la lumière illimitée où habite la semence !
Habite vers la limite illuminée où monte la semence !
Sème vers la montée inhabitée où la limite illumine !
Limite vers l’habitation illuminée où sème la montée !

*

Dessaisis les autorités de leur temps de domination !
Dessaisis le temps de son autorité des dominations !
Domine les autorités de leur temps de dessaisies !
Autorise la domination des dessaisies du temps !






Le son d'Anvers en podcast


A partir du 10 octobre, "Le son d'Anvers" sera audible jusqu'à la fin des temps, en podcast sur webSYNradio, en suivant ce lien :
http://synradio.fr/guillaume-boppe-le-son-danvers/
Merci encore à Dominique Balaÿ, à Pascal Deleuze, à Thierry Lenquette et à Yann Le Floch !



mardi 25 septembre 2018

Invité de WEBSYNRADIO !

GUILLAUME BOPPE

invité de WEBSYNRADIO
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Rendez-vous du 27 septembre au 10 octobre 2018, tous les jours à partir de 20h, pour écouter le programme de GUILLAUME BOPPE.

LE SON D'ANVERS

Ce long poème (inédit) est né de la rencontre dans ma mémoire des paysages urbains de la Belgique – où j'ai vécu un an – avec ceux de mes différents voyages effectués en Europe. On y parle d'Anvers et de tous ses ailleurs. G.Boppe.
Avec la voix de Guillaume Boppe, Pascal Deleuze (trompette, bruitages) et Thierry Lenquette (guitare électrique)

Guillaume Boppe est poète. Né en 1975, il vit à Nîmes. Il se produit régulièrement sur scène pour des lectures, des performances et des concerts, seul ou accompagné.



WebSYNradio est une radio de création en streaming 24/7.
Tous les quinze jours une personnalité (artiste, intellectuel, chercheur, écrivain...) propose une intervention inédite.
WebSYNradio : a radio program hosted by Dominique Balaÿ
 
Bonne écoute !
Dominique Balaÿ
http://synradio.fr/
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Prochains invités sur webSYNradio :
11 oct – 24 oct : Douglas Gordon
25 oct – 7 nov : Marc Sens
8 nov – 21 nov : Kamen Nedev
22 nov – 5 décembre : Hervé Zenouda
6 decembre – 19 décembre : Stéphane Nowak Papantoniou
20 decembre – 2 janvier 2019 : Kristoff K.Roll


jeudi 20 septembre 2018

Le son d'Anvers sur WebSYNradio


A partir du 27 septembre mon poème inédit, "Le son d'Anvers" sera à découvrir sur WebSYNradio.
Pour l'écouter, ce sera là : Le son d'Anvers
Rendez-vous la semaine prochaine !







Malades (extrait)











Autour de l’immeuble une forêt
de pins et les mon-
tagnes au-delà. A l’intérieur
les meubles épar-
pillés, disloqués, et au-delà
ces montagnes, là,
autour de l'immeuble une forêt.




Oeuvre de Jérémy Liron

mardi 18 septembre 2018

Malades (extrait)




Ce qui tombe de ses visages
porte le regard
du jour manqué, ce qui remonte
la pente de sa
robe de montagne, quand le noir
venu ne sait rien
de ses yeux où brille la terre,
sol calme et pourri :
ce qui tombe de ses visages.




dimanche 16 septembre 2018

Malades (extrait)





Dans la voiture sortie de la 
ville, tout devant
le belvédère, le soleil blanc,
le gravier au bord 
du canal, étendu comme le 
matin d’une jour-
née infinie à chercher l’ombre,
ses nuits répandues,
dans la voiture sortie de là.


David Lynch, "Blue velvet"

samedi 21 juillet 2018

Insula des sirènes





« Laisse-les. Nous avons besoin de ce rayon.
Dieu les envoie. Ils font vivre le cimetière.
Homme, ils sont la gaîté de la nature entière. »
Victor Hugo, « Les oiseaux »


La plaine se perd de vue
ses limites de bois mort
détrempé ce qui se pose
là momie dans sa voiture
ses yeux blancs dans l’eau
le sel et l’iode malade
qui montent à coups
sûrs le sphinx reviendra
les sirènes leurs plumages
délivrés les petites choses
parlantes ne parleront plus
tout chante


Neskowin, Oregon

Insula des semaines finies





Devant le drap tendu
géant sous les nuages
l’assemblée de sable
qui mange les pas
pas les yeux tout se voit
en un jour tout reste
et se fond acteurs
dans l’écran un jour
le film à bout
noir blanc et sans vis-à-vis


La Putain de Barcelone, Joseph Sima

vendredi 6 juillet 2018

Insula de la cigarette


 



Le jour fatigué
se pose aux pieds
tremblants de chaleur
le carrelage mixte
va au bout du monde
où semble tant
mémoire souffle
reprise et visage levé
cigarette où t’en vas-tu
plus forte et mémorable
que tout ce qui reste
à l'instant présent




Raymond Carver par Bob Adelman

mardi 3 juillet 2018

Insula de la ville en même temps que l’aube





Pour qui a relu la nuit
passée la lumière d’une journée
toujours là pour qui voudrait
dormir vraiment mais vraiment ne peut pas
il existe on le dit
cette place déserte où s’avancer
l’air y est doux souvent
dans ce pays gris on disparaît
les voitures le jour d’après
n’y reconnaissent personne
s'en vont elles aussi


Illustrations de Serge Bajan, extraites de "Lady Long Solo" de André Hardellet (Pauvert, 1971)

dimanche 1 juillet 2018

Insula des seigneurs de Naples




Comment sous la jetée
ce dieu qui a tous les regards
sa cache dans les mots couchés
les poissons étendus éclairent
au fond le sable se soulève
la terre monte




Insula des lumières




Le long des collines
la piste aux graviers
brillants la pluie rase la terre
les feux parfois se lèvent
habillent les seins
du corps posé là




lundi 25 juin 2018

Insula de la guerre et du temps




Souple cachée dans le vent
attend l'ombre
regarde les dieux
la colline sous les bombes
porte à sa gorge
ce grand châle
qu'elle ne connaissait pas



Cimetière de Bare, Sarajevo

samedi 23 juin 2018

Paysage du jour 54





l’éclair                         de sorte

que sous l’eau             sous la ligne de feu

du silence                   la journée

s’ouvre à l’infini




jeudi 21 juin 2018

Le son d'Anvers (dernier extrait)





crispée touristique
la carte
chiffon jusqu’à disparaître
au creux de la main pliée

au creux de la mâchoire
se rappelle       invente
qui voudrait se retrouver
avec ce qui ne parle pas  
n’a pas de nom
qu’il connaît seul



chassée de l’instant  
la carte qui trouble tout
reste au gré des chaises
posées en file

le vent regard glissé
divine science de misère
efface les êtres la magie

le haut bâtiment le soir
hautain indifférent l’orage
vient personne ne fuit



substance molle instants
à parcourir jardin
à la gare        éclairs
rentrer chez soi
le long d’un quai

un train dans
les ongles de la gare
le ballast pour faire
noir  jeter       dans ce noir
ses propres mains



détour par la rivière
sa langue creuse
son ventre étiré
comme salive

les gens se figent
entre les maisons les uns
les autres en essayant
de passer ne pas regarder

quais nets et calmes
plus rien à voir        oublier
ville accroupie

Théodore de Bry

mercredi 6 juin 2018

Le son d'Anvers (extrait, 3)





le long des canaux la ville
sans ses lumières

elles sont là pourtant
dans chaque branche
qui hiberne les arbres 
coupés de la terre 
les sentent à leurs côtés

des péniches passent
à bord des regards sûrs

le long des canaux la ville
perd ses lumières

Chantal Akerman, "News from home"


lundi 28 mai 2018

Le son d'Anvers (extrait, 2)





les ombres penchées
des lettres rouges
qui disent les restaurants
les bars

derrière les carreaux cassés
sous les combles on souffle
sous les paupières on dévisage
ceux qui marchent en bas

les prospectus froissés
tirés par le vent jusqu’aux gibets
de la place où sont les lépreux
leurs gobelets vides
leurs regards fous

le vent brûle
les ombres les flaques
fuyantes        une cendre
peau morte

pluie et poussière
dans les falaises
sur la chaussée        aux bords



mercredi 23 mai 2018

Dimanche, musée Fabre




Dimanche prochain, le 27 mai, je suis invité à la Comédie du livre de Montpellier, pour lire au musée Fabre.
Evénement collectif, en belle compagnie, autour de Bruxelles, de la Flandre et au-delà.
Je lirai "Rue des ambassades" et mes poèmes dédiés à la Senne.

Au plaisir de vous y voir déambuler jusqu'à nous.


jeudi 17 mai 2018

Quatrains-Propagandes





L'intégralité de ma lecture au Zo, à Nîmes, le 17 avril.
Mes Quatrains-Propagandes.
Merci à Vincent Capes pour son accueil et pour cette captation.



jeudi 10 mai 2018

Lignes d'un guide volé 2





« Reproduit à la perfection les grandes villes »
comme les arbres qui bougent au bout des champs
ou la manière dont le vieux temps passe
tout autour sans savoir qu’au-dedans
il s’arrête en chemin et reste entre deux parkings
et encombre la route mais on dessine malgré tout
la carte et ses détails sans vraiment en oublier un seul


*
**


« Rentrer à l’hôtel (qui sont très nombreux dans cette partie de la ville) »
resserrer la gorge dans l’ascenseur
avant que la porte s’ouvre
le soupir témoigne que les murs sont froids
du moins de l’autre côté là où le vent souffle
les enseignes se répondent et c’est tout jusqu’au loin



*
**


« Parc récréatif »
les animaux à sang chaud
qui s’assoient se roulent au gré du sable
ont le regard assez éteint
sur l’image mais en tous cas ils sont là
l’air un peu abruti mais ils sont là



*
**


« Qui fabrique des tenues hors de prix qui méritent de figurer dans un musée »
ne se rend compte qu’un instant après
de la longue traîne à l’affût
au bord de la route aux quatre coins du jardin
mais est déjà ailleurs à faire des pas de côté
pour éviter de marcher
autant dire qu’en leurs temps
les visiteurs auront de quoi rire




mardi 8 mai 2018

Le son d'Anvers (extrait)





avec Pascal Deleuze


Mécanique sur une plage
                        qu’on n’a pas vue

            le vent se prend dans les drapeaux
on ne peut que le soleil imaginer,
            bizarre pour une plage du Nord
mais de toutes façons tout est bizarre


La ville qu’on n’a pas vue
sauf des morceaux            – on se souvient des épaules des gens –
ce qui importe c’est ce qu’on a vu
                                                ce n’est pas tout
(comme si on pouvait poser ses yeux
dans chaque pierre d’une ville)

mais c’est l’impression qu’on a
            au premier abord avec le souvenir
puis tout est faux quand on réfléchit bien,
tout fait du bruit, on court après le silence

alors ce qui traverse,
le fleuve strident des piétons,
son sable brillant aux oreilles,
c’est intégralement la ville
que rien en nous ne retient

sauf les images qu’on peut projeter
une fois enregistrées,
            il faut juste s’acheter l’appareil
            qui permette cela, avec son argent à soi,
            uniquement à soi.

On peut même prendre une photo de ce qu’on n’a jamais vu.

Après tout on y est allé,
c’est juste après coup qu’on prend des vues.
On recadre à partir des autres lieux,
c’est facile : ils se mélangent tellement,

ils ne forment qu’un
millier d'unités.




Photo: Bowie Lenaerts

dimanche 6 mai 2018

Lignes d'un guide volé




"Osez pousser la porte de l'austère façade dont toute la ville parle"
sauf qu'il n'y est pas un mot
oh c'est sans doute la fatigue elle se fait comprendre
dans tous les cas on avance dans le couloir
à présent il y a des choses qu'on n'a pas aperçues


*
**


"Des poutrelles d'acier, des poignées de porte"
la rue au creux du soleil
sous les deux coulées de lave de l'ombre
on ne croit pas si bien dire
on avance sans un bruit


*
**


"Allez épier le jeudi et le vendredi"
repartez vous fondre dans la voiture
ou dans les phares laissez passer les étangs
et pensez au coeur frais qui vous relance


*
**


"Les caves du château médiéval"
se visitent dans un songe
comme une porte au milieu d'un carrefour
un sommeil doré
la lumière des chandelles et les interrupteurs
on les contemple pour toujours un peu abruti


Photo : Marie Demunter, 
extraite de "Bruxelles", Marie Demunter, Laurent Bonneau, éditions Les Ronds dans l'O

mardi 24 avril 2018

Samedi 28 avril, galerie Plateforme


Le samedi 28 avril le compositeur Denis Frajerman propose une mise en
musique de mon dernier livre à la galerie Plateforme, à Paris, en
compagnie de David Fenech, Justine Schaeffer et Carole Deville.
Tous les détails ici.
Au plaisir de vous y retrouver nombreuses et nombreux !





samedi 14 avril 2018

Pour préparer le 17 avril - 5



Dévêts la terre de ses défaites et habille-la de sa gloire !

Défais la terre de ses habits et dévêts-la de sa gloire !

Glorifie la terre de ses habits et dévêts-la de sa défaite !

Habille les défaites de sa terre et dévêts la de la gloire !




mardi 10 avril 2018

Notes Ozu 3


     
Nous sommes particulièrement repartis,
sans grand soleil ni autre
astre, chacun
ne sait rien, marche
cependant. Le sol
semble pauvre, posé là,
pourtant vit toujours,
peut-être car la vie
à son ventre ne prend pas.

La rue finie
d’être vue et les passants finis
de même, comme des verres,
nous sommes repartis particulièrement.

Tout se fait en secret dans l’esprit,
pas à pas, sans heurt
sauf les images : ce jour qui part aussi
fut un cinéaste.

Yasujiro Ozu : "Printemps tardif"

Pour préparer le 17 avril - 4




Change le peuple s’il pense mal !
Pense le peuple s’il change mal !
Pense le change s’il peuple mal !
Peuple le change s’il pense mal !


https://www.zoanima.fr/event/details/lecture-guillaume-boppe/



mercredi 4 avril 2018

Poème en forme de name dropping


Je me suis souvenu d'une phrase de quelqu'un sur Sade, de ce genre : "Quand  je pense à Sade, j'ai le sentiment que ma vie n'a pas de limites". 
J'ai l'impression que c'est Annie Le Brun qui a dit ça. Dans tous les cas cette déclaration - approximative sous ma plume pour cause de mauvaise mémoire, son auteur approximatif aussi et pour la même raison -, cette déclaration me permet de vivre sans limites.



On sort simplement et on ferme la porte
sans réfléchir. Et quand on regarde
ce qu'on a fait
il est trop tard. Si ça a l'air
de résumer une vie, je veux bien.

Raymond Carver, Où l'eau s'unit avec l'eau


Pour Marjory et Max, sweet, so sweet name-dropping,




In memoriam Jean-Pierre Martinet


Complice rouge et noirci du temps,
petit commerce usé au coin de la rue,
mieux vaut ne pas sortir alors

qui sait dans les voitures à demi garées,
pales, qui parle ?

On ne fait pas toujours ce qu’on entend,
pas souvent, même, et vulgaires
les remarques dans les yeux
préfèrent se fermer que le jour
descendre à la ville.

Les pas se posent, immobiles,
la radio passe la météo marine ;
le double fond est assuré,
pied à pied cloué.

Raymond Carver