jeudi 21 juin 2018

Le son d'Anvers (dernier extrait)





crispée touristique
la carte
chiffon jusqu’à disparaître
au creux de la main pliée

au creux de la mâchoire
se rappelle       invente
qui voudrait se retrouver
avec ce qui ne parle pas  
n’a pas de nom
qu’il connaît seul



chassée de l’instant  
la carte qui trouble tout
reste au gré des chaises
posées en file

le vent regard glissé
divine science de misère
efface les êtres la magie

le haut bâtiment le soir
hautain indifférent l’orage
vient personne ne fuit



substance molle instants
à parcourir jardin
à la gare        éclairs
rentrer chez soi
le long d’un quai

un train dans
les ongles de la gare
le ballast pour faire
noir  jeter       dans ce noir
ses propres mains



détour par la rivière
sa langue creuse
son ventre étiré
comme salive

les gens se figent
entre les maisons les uns
les autres en essayant
de passer ne pas regarder

quais nets et calmes
plus rien à voir        oublier
ville accroupie

Théodore de Bry

mercredi 6 juin 2018

Le son d'Anvers (extrait, 3)





le long des canaux la ville
sans ses lumières

elles sont là pourtant
dans chaque branche
qui hiberne les arbres 
coupés de la terre 
les sentent à leurs côtés

des péniches passent
à bord des regards sûrs

le long des canaux la ville
perd ses lumières

Chantal Akerman, "News from home"


lundi 28 mai 2018

Le son d'Anvers (extrait, 2)





les ombres penchées
des lettres rouges
qui disent les restaurants
les bars

derrière les carreaux cassés
sous les combles on souffle
sous les paupières on dévisage
ceux qui marchent en bas

les prospectus froissés
tirés par le vent jusqu’aux gibets
de la place où sont les lépreux
leurs gobelets vides
leurs regards fous

le vent brûle
les ombres les flaques
fuyantes        une cendre
peau morte

pluie et poussière
dans les falaises
sur la chaussée        aux bords



mercredi 23 mai 2018

Dimanche, musée Fabre




Dimanche prochain, le 27 mai, je suis invité à la Comédie du livre de Montpellier, pour lire au musée Fabre.
Evénement collectif, en belle compagnie, autour de Bruxelles, de la Flandre et au-delà.
Je lirai "Rue des ambassades" et mes poèmes dédiés à la Senne.

Au plaisir de vous y voir déambuler jusqu'à nous.


jeudi 17 mai 2018

Quatrains-Propagandes





L'intégralité de ma lecture au Zo, à Nîmes, le 17 avril.
Mes Quatrains-Propagandes.
Merci à Vincent Capes pour son accueil et pour cette captation.



jeudi 10 mai 2018

Lignes d'un guide volé 2





« Reproduit à la perfection les grandes villes »
comme les arbres qui bougent au bout des champs
ou la manière dont le vieux temps passe
tout autour sans savoir qu’au-dedans
il s’arrête en chemin et reste entre deux parkings
et encombre la route mais on dessine malgré tout
la carte et ses détails sans vraiment en oublier un seul


*
**


« Rentrer à l’hôtel (qui sont très nombreux dans cette partie de la ville) »
resserrer la gorge dans l’ascenseur
avant que la porte s’ouvre
le soupir témoigne que les murs sont froids
du moins de l’autre côté là où le vent souffle
les enseignes se répondent et c’est tout jusqu’au loin



*
**


« Parc récréatif »
les animaux à sang chaud
qui s’assoient se roulent au gré du sable
ont le regard assez éteint
sur l’image mais en tous cas ils sont là
l’air un peu abruti mais ils sont là



*
**


« Qui fabrique des tenues hors de prix qui méritent de figurer dans un musée »
ne se rend compte qu’un instant après
de la longue traîne à l’affût
au bord de la route aux quatre coins du jardin
mais est déjà ailleurs à faire des pas de côté
pour éviter de marcher
autant dire qu’en leurs temps
les visiteurs auront de quoi rire




mardi 8 mai 2018

Le son d'Anvers (extrait)





avec Pascal Deleuze


Mécanique sur une plage
                        qu’on n’a pas vue

            le vent se prend dans les drapeaux
on ne peut que le soleil imaginer,
            bizarre pour une plage du Nord
mais de toutes façons tout est bizarre


La ville qu’on n’a pas vue
sauf des morceaux            – on se souvient des épaules des gens –
ce qui importe c’est ce qu’on a vu
                                                ce n’est pas tout
(comme si on pouvait poser ses yeux
dans chaque pierre d’une ville)

mais c’est l’impression qu’on a
            au premier abord avec le souvenir
puis tout est faux quand on réfléchit bien,
tout fait du bruit, on court après le silence

alors ce qui traverse,
le fleuve strident des piétons,
son sable brillant aux oreilles,
c’est intégralement la ville
que rien en nous ne retient

sauf les images qu’on peut projeter
une fois enregistrées,
            il faut juste s’acheter l’appareil
            qui permette cela, avec son argent à soi,
            uniquement à soi.

On peut même prendre une photo de ce qu’on n’a jamais vu.

Après tout on y est allé,
c’est juste après coup qu’on prend des vues.
On recadre à partir des autres lieux,
c’est facile : ils se mélangent tellement,

ils ne forment qu’un
millier d'unités.




Photo: Bowie Lenaerts

dimanche 6 mai 2018

Lignes d'un guide volé




"Osez pousser la porte de l'austère façade dont toute la ville parle"
sauf qu'il n'y est pas un mot
oh c'est sans doute la fatigue elle se fait comprendre
dans tous les cas on avance dans le couloir
à présent il y a des choses qu'on n'a pas aperçues


*
**


"Des poutrelles d'acier, des poignées de porte"
la rue au creux du soleil
sous les deux coulées de lave de l'ombre
on ne croit pas si bien dire
on avance sans un bruit


*
**


"Allez épier le jeudi et le vendredi"
repartez vous fondre dans la voiture
ou dans les phares laissez passer les étangs
et pensez au coeur frais qui vous relance


*
**


"Les caves du château médiéval"
se visitent dans un songe
comme une porte au milieu d'un carrefour
un sommeil doré
la lumière des chandelles et les interrupteurs
on les contemple pour toujours un peu abruti


Photo : Marie Demunter, 
extraite de "Bruxelles", Marie Demunter, Laurent Bonneau, éditions Les Ronds dans l'O

mardi 24 avril 2018

Samedi 28 avril, galerie Plateforme


Le samedi 28 avril le compositeur Denis Frajerman propose une mise en
musique de mon dernier livre à la galerie Plateforme, à Paris, en
compagnie de David Fenech, Justine Schaeffer et Carole Deville.
Tous les détails ici.
Au plaisir de vous y retrouver nombreuses et nombreux !





samedi 14 avril 2018

Pour préparer le 17 avril - 5



Dévêts la terre de ses défaites et habille-la de sa gloire !

Défais la terre de ses habits et dévêts-la de sa gloire !

Glorifie la terre de ses habits et dévêts-la de sa défaite !

Habille les défaites de sa terre et dévêts la de la gloire !




mardi 10 avril 2018

Notes Ozu 3


     
Nous sommes particulièrement repartis,
sans grand soleil ni autre
astre, chacun
ne sait rien, marche
cependant. Le sol
semble pauvre, posé là,
pourtant vit toujours,
peut-être car la vie
à son ventre ne prend pas.

La rue finie
d’être vue et les passants finis
de même, comme des verres,
nous sommes repartis particulièrement.

Tout se fait en secret dans l’esprit,
pas à pas, sans heurt
sauf les images : ce jour qui part aussi
fut un cinéaste.

Yasujiro Ozu : "Printemps tardif"

Pour préparer le 17 avril - 4




Change le peuple s’il pense mal !
Pense le peuple s’il change mal !
Pense le change s’il peuple mal !
Peuple le change s’il pense mal !


https://www.zoanima.fr/event/details/lecture-guillaume-boppe/



mercredi 4 avril 2018

Poème en forme de name dropping


Je me suis souvenu d'une phrase de quelqu'un sur Sade, de ce genre : "Quand  je pense à Sade, j'ai le sentiment que ma vie n'a pas de limites". 
J'ai l'impression que c'est Annie Le Brun qui a dit ça. Dans tous les cas cette déclaration - approximative sous ma plume pour cause de mauvaise mémoire, son auteur approximatif aussi et pour la même raison -, cette déclaration me permet de vivre sans limites.



On sort simplement et on ferme la porte
sans réfléchir. Et quand on regarde
ce qu'on a fait
il est trop tard. Si ça a l'air
de résumer une vie, je veux bien.

Raymond Carver, Où l'eau s'unit avec l'eau


Pour Marjory et Max, sweet, so sweet name-dropping,




In memoriam Jean-Pierre Martinet


Complice rouge et noirci du temps,
petit commerce usé au coin de la rue,
mieux vaut ne pas sortir alors

qui sait dans les voitures à demi garées,
pales, qui parle ?

On ne fait pas toujours ce qu’on entend,
pas souvent, même, et vulgaires
les remarques dans les yeux
préfèrent se fermer que le jour
descendre à la ville.

Les pas se posent, immobiles,
la radio passe la météo marine ;
le double fond est assuré,
pied à pied cloué.

Raymond Carver



Pour préparer le 17 avril - 3


     
Remplis ton ventre de pus plutôt que de poésie !
Remplis ta poésie de pus plutôt que de ventre !
Remplis ton pus de poésie plutôt que de ventre !
Plutôt ta poésie de pus que remplie de ventre !


https://www.zoanima.fr/event/details/lecture-guillaume-boppe/


Bonnie Aarons dans Mulholland drive de David Lynch

lundi 2 avril 2018

Paris



Rouge le long du couloir,
les mains seules sur les murs,
le regard comme un ventre
à bout et sans parler
des jambes, de laine pourrie dessous.

Qui va chez toi te connaît,
a peur de toi,
veut dormir dans tes bras
et chante, c’est possible,
dans sa tête comme ailleurs.

David Lynch, Blue velvet

Pour préparer le 17 avril - 2


Détruis l’ennemi visible, et aussi celui qui est invisible, l’ennemi dans ta vie mentale ! 
Détruis l’ennemi mental, et aussi celui qui est invisible, l’ennemi dans ta vie visible !
Détruis l’ennemi dans ta vie, et aussi celui qui est visible, l’ennemi mental invisible !
Détruis la vie dans ton ennemi, et aussi celui qui est mental, l'ennemi visible invisible !





dimanche 1 avril 2018

Paysage du jour 53





Seine, circa 1992



Toute autre chose qui ne se rappelle pas,
le pas de côté, droit
déchaussé au bord
du fleuve, sa salive triste,
sale, indifférente.

Toute autre chose qui pose son dos sous le pont,
attend le téléfilm de passage ;
seule une pluie pourrait sauver le fleuve,
dans ses mains qui tremblent
le reflet, le delta sans fond.

Toute autre chose qui reprend son tunnel,
n’oublie rien en chemin mais
dans les ombres baissées les grains
de caoutchouc et une lampe cachée
ou partie mais là pour la prochaine fois.

Toute autre chose mais la division du jour,
ce qui à tout détective demeure impossible,
une langue traduite mais que personne
ne parle, pendant des heures
un fleuve a froid et brille.


samedi 31 mars 2018

Pour préparer le 17 avril





Reprends aux bâtiments le pouvoir qu’ils ont sur l’ombre !
Reprends à l’ombre le pouvoir qu’elle a sur les bâtiments !
Reprends au pouvoir l’ombre qu’il a sur les bâtiments !
Reprends aux bâtiments l'ombre qu'ils ont sur le pouvoir !


https://www.zoanima.fr/event/details/lecture-guillaume-boppe/





lundi 19 mars 2018

Avril est le mois le plus duel

Chères et chers,
en avril je serai ubiquiste à onze jours de distance.


Le 17 je lirai mes Quatrains-propagandes au Zo, à Nîmes. 
Lecture précédée de la projection de Eût-elle été criminelle de Jean-Gabriel Périot.
Tous les détails ici
"N'invente pas d'histoires, afin d'éviter le vice.
N'évite pas d'histoires, afin d'inventer le vice.
N'évite pas de vices, afin d'inventer l'histoire.
N'évite pas d'inventions, afin de vicier l'histoire."

Le 28 je serai sur scène à Plateforme, à Paris.
Honoré d'accompagner la mise en musique de mon Coude par Denis Frajerman, en compagnie d'icelui, de Justine Schaeffer, de Carole Deville et de David Fenech. Voir ci-dessous.

Vous êtes à venir !







lundi 5 mars 2018

Paysage du jour 52





Solide mantille de fruits transparents,
ou ce qui dans le dos brille
alors que le jour pousse en avant

mais si mollement que la pluie
a le temps de faire sa ronde
au plus clair de sous la peau,

là où nul ne voit rien,
nul sauf les machines et l’absence.
La vie dans le corps ne cesse pourtant de couler.




Les garçons sauvages, film de Bertrand Mandico



Paysage du jour 51





Lourde caresse du sang
à l’intérieur du bras

les cheveux l’eau noire
en pétales la buée

plus haut ce qui se retourne
rentre dans son mur

Dans les environs du bain
immédiat l’air s’écroule

attend reste un peu
devant la porte qui s’en va




Peinture : Jérémy Liron

samedi 24 février 2018

Ouste !

La Féroce Marquise frappe encore ! "Ouste" est là pour la 26ème fois et j'ai le plaisir d'y articuler quelques mots sur le papier.
Et puis, dans la foulée, vous êtes conviés en mars à Périgueux pour Expoésie, le délicieux. Le programme du festival est par ici.


Ouste n°26 – Conspiration 2018

Visuel de couverture : Fred Lagarde
6 Michel Della Vedova
7-8 Liliane Giraudon
9 Pierre Soletti
10 Giovanni Fontana
11-12 Emmanuèle Jawad
13 Daniel Faure
14-16 Yannick Torlini
17-19 Julien Blaine
20-21 Isabelle Pinçon
22 Joël Bastard
23 Stéphane Robert
24 Bartolomé Ferrando
25-27 Laurent Chamalin
28 Christian Burgaud
29 Véronique Vassiliou
31 Tita Reut
32 Joël Frémiot
33-37 Grégoire Darmon
38 Aurélien Leif
39-40 Thierry Dessolas
41 Pierre Le Pillouër
42 Fernando Aguiar
43-44 Marie de Quatrebarbes
45 Charles Pennequin
46 Joël Frémiot
47-50 Solange Clouvel
51 Giovanni Fontana
52-55 Annabelle Verhaeghe
56 Frédéric Charles
57-58 Michel Gendarme
59-60 Patrick Chouissa
61 Olivier Orus
62 Charles Pennequin
63 Natyot
64 Luc Fierens
65-66 Patrick Sirot
67 Joël Bastard
68-69 Anne-Gaëlle Burban
70 Marielle Genest
71-74 Juliette Mézenc
75 Rémy Pénard
76-77 Brice Noval
78 Bartolomé Ferrando
79-80 Olivier Matuszewski
81 Aurélien Leif
82-85 Vincent Calvet
86 Christian Burgaud
87-90 Frédérique Soumagne
91 Giovanni Fontana
92-93 Carole Lataste
94 Jean-Pierre Bobillot
95 Daniel Faure
96-98 Cédric Lerible
99-100 Charles Pennequin
101 Démosthène Agrafiotis
102 Anne Cantat-Corsini
103-106 Thézame Barrême
107 Guillaume Boppe
108 Aurélien Leif
109 Pierre Tilman
110 Joël Frémiot
111 Patrick Dubost
112 Pierre Parent
113-115 Hervé Brunaux
116 József Bíró
117-119 Arno Vogelsang
120 Guillaume Damry
121-124 Sébastien Lespinasse

dimanche 21 janvier 2018

Notes Ozu 2



 
Depuis la rivière,
la ville dissoute,
perdue.

Dissoute comment,
quoi c’est autre chose
sans importance,

la question
comme tout
n’est pas là.



La ville dissoute,
la ville revue,
la ville à venir,

sans aucune autre
possible
que différente.

De toutes façons immanquable
ou bien le périphérique,
le doux retour,
la brusquerie.



Les statues parlent
sur les berges
de sable les cours

fermées, quittées,
aperçues de loin
en loin.

Les couples aussi
parlent, alors
que le silence,
l’espace et ses fins



se serre aux coins
qui seuls restent
sans mal.

Les autres parlent,
comme on dit déchirent
la nuit, feraient mieux

de manger leurs mains,
comme on dit mais ne sont plus
enfants mais bien pires.




Il n’y a plus que la butte,
le point de buter,
le silence qui compte.

Compte comment,
quoi c’est autre chose.
Compte pour toujours,

c’est tout pour cela
que cela compte.
Derrière la pierre tombale



du cinéaste il y a le cinéaste
qui regarde tout en n’étant pas là,
ce qui est un métier

quand il est bien fait la pierre tombale n’est pas ici,
à la différence du cinéaste,
seulement ce qu’il voit

est invisible désormais,
bien que n’ayant pas changé.
Le silence advient ici



plus ou moins, question de survie,
mais qui le comprend
ne peut plus être ici.

Impossible silence ou ailleurs
le silence la ville
s’en va

au gré de la rivière
il est bien possible
qu’il s’agisse du temps,



la ville et non la rivière,
en inversant les rôles
on est derrière une caméra.

Il y a toujours le silence derrière la caméra,
tandis qu’on tourne
et quitte la ville,

dissoute dans le bruit du moteur,
comment sinon, par la descente,
la confiance



de soi dans le moteur,
ce qui bouge, recule,
s’éloigne de la ville.

Panoramique sur le silence.
Il faut le silence
pour pouvoir tourner.

Personne n’attend la sortie du film
mais certains le voient déjà,
l’oublient (à tout penser est impossible).



Profiter de ces rives
où il n’y a pas de ville,
où guetter le qui-vive

se fait dans le silence.
Le bruit du moteur, lui-même,
est dans le silence.

au bout d’un moment
dans le plancher dissous
le zinc, la tôle du bateau.